Voyages en Kaleidoscope (1)

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ou faire vibrer le cristal ..

Voyages en Kaléidoscope : Inventé par le physicien écossais Sir David Brewster en 1816 alors qu’il faisait des expériences sur la polarisation de la lumière, le kaléidoscope (de « beau » et « voir » en grec) a connu un grand succès en tant que « procédé » à la fois littéraire et conceptuel. Les mouvements surréalistes et dadaistes se sont emparés du procédé comme outil de déconstruction et de reconstruction engendrant une nouvelle idée : les fameux collages intempestifs. L’ouvrage d’Irène Hillel-Erlanger paru en 1919 donne des indications sur les relations entretenues avec l’Adepte Fulcanelli avec qui elle partageait à la fois certains amis et certaines préoccupations au sein d’un milieu artistique parisien. Nous aurons l’occasion de dire lesquels et pourquoi. La couverture du livre montre des bobines de film telles qu’elles sont mises sur le socle de l’appareil de projection, encore une fois : la transformation des formes par la lumières et le rayonnement diffracté du « X ».

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N’hésitant pas dans son article à qualifier Hillel d’alchimiste et même d’Adepte, André Savoret y souligne le curieux destin du livre le plus célèbre de cet auteur, seul publié sous son vrai nom et après la première guerre mondiale.

Sitôt parus en 1919 chez Georges Crès, les Voyages en Kaléidoscope « disparurent de la circulation, ainsi que toute l’édition commerciale de l’ouvrage. Seuls quelques exemplaires dédicacés peuvent de loin en loin passer des bibliothèques particulières chez quelque bouquiniste.

« Livre singulier dont la gangue baroque dissimule ou protège une dizaine de pages précieuses, constituant le témoignage que laisse traditionnellement tout Adepte au temps de sa métamorphose, soit selon le sort commun aux mortels, soit  – et c’est sans doute le cas ici – en un avatar d’un tout autre ordre. »

Heureusement, ces singuliers Voyages à la Jonathan Swift, ou à la Jules Verne, diront certains, ont suffisamment survécu à ces orages, qu’ils fussent ou non désirés, et ont ainsi précocement attiré l’attention surréaliste de Louis Aragon, qui leur consacra dès 1919 un article dans la revue Littérature, mais aussi celle plus alchimique d’un certain Fulcanelli, qui les cite dans ses Demeures Philosophales:

« C’est pourtant lui, ce primitif sujet des sages, vil et méprisé des ignorants, qui est le seul, l’unique dispensateur de l’eau céleste, notre premier mercure et le grand Alkaest.
C’est lui le loyal serviteur et le sel de la terre que Mme Hillel-Erlanger appelle Gilly, et qui fait triompher son maître de l’emprise de Véra. Aussi l’a-t-on nommé le dissolvant universel, non pas qu’il soit capable de résoudre tous les corps de la nature, mais parce qu’il peut tout dans ce petit univers qu’est le Grand OEuvre. »

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