Adolphe Victor Geoffroy-Dechaume, Lassus, Viollet-le-Duc etc…

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« Et si l’Art doit quelque reconnaissance aux éminents architectes Toussaint, Geoffroy Dechaume, Boeswillwald, Viollet-le-Duc et Lassus qui restaurèrent la basilique, odieusement profanée par l’Ecole ... » Fulcanelli, page 54, in Le Mystère des cathédrales

Il est difficile d’évoquer le chef  d’oeuvre littéraire du Maître sans évoquer les artistes qui contribuèrent à la restauration de la cathédrale de Paris, à savoir Lassus, Viollet-le-Duc, AV GeoffroyDechaume, Boeswillwald etc … Difficile ! d’autant plus que l’auteur du Mystère des Cathédrales leur rend hommage en préambule de son livre sans oublier de les citer en bonne place, ce qui implique pour cette époque une bonne connaissance des chantiers en cour ou achevés. Nous nous attacherons en particulier à l’un d’entre eux, A.V. Geoffroy Dechaume en raison du rôle immense qu’il a joué en tant que fondateur du musée  des monuments français (l’ancêtre du palais Chaillot) et sa participation aux diverses commissions archéologiques. Il se trouve que nous avons eu également le privilège d’occuper son logis à Valmondois (67 Grande rue) et d’avoir bien connu son arrière petite fille, Elisabeth Dechaume. A noter et ce n’est pas un hasard la mention par Fulcanelli de Saint Germain l’Auxerrois dont l’histoire est intimement liée à celle des Rois de France et à certain hôtel particulier rue Montaigne.

Adolphe Victor Geoffroy-Dechaume (1812-1892), un authentique « imaigier »

Sculpteur, restaurateur, il fut trop souvent, et faute d’éléments précis le concernant, considéré comme un simple exécutant. En réhabilitant le Moyen Age à tra­vers son architecture, en faisant opérer à l’architecte un retour vers le magister operum médiéval, chef d’orchestre un peu mythique, trop souvent idéalisé sous la plume de Viollet-le-Duc (1814-1879) et de ses émules, on a occulté presque totalement l’apport des artistes, qui, aux cotés des responsables des entreprises de restauration, ont apporté leur pierre à la construction de ce nouveau Moyen Age.

Par ailleurs, l’oeuvre de Geoffroy-Dechaume, sans nul doute partisan d’une réhabilitation de l’art médiéval, ne peut se réduire à un art néo­gothique et décoratif. Il fut un artiste public reconnu auquel on confia des commandes de monuments, comme le XIXe siècle aimait à le faire, pour honorer la mémoire des lieux et celle des hommes. Enfin, sa notoriété, sa connaissance de l’art médiéval pour lequel on lui reconnaissait une compé­tence technique, lui valu le bénéfice de commandes de la part de proprié­taires privés et non des moindres, le duc d’Orléans, le duc de Luynes, le prince Soltykoff, le comte de Grancey.

La formation et les débuts

portrait_gdcLa formation du jeune Adolphe Victor est, jusqu’alors, relativement peu documentée. Né à Paris, contemporain de Viollet-le-Duc, il fréquente, dans sa jeunesse, les cours de l’école gratuite de dessin, rue de l’Ecole de Médecine, lieu de formation d’une grande partie des disciples du célèbre architecte. En octobre 1831, Geoffroy-Dechaume entre à l’école des Beaux-arts, dans les ateliers de Pradier et David d’Angers. C’est chez ce dernier qu’il se lie avec Cavelier (1814-1894), Caudron (1818-1865), Chenillion (1810-1875), Toussaint (1806-1862), Pascal (1810-1882) qui travailleront avec lui par la suite. Pour vivre et se forger une pratique, il participa à diffé­rents chantiers d’édifices publics, notamment celui de l’arc de triomphe de l’Etoile dont Abel Blouet achevait le couronnement.

Il prit part également aux travaux de sculpture de l’église de la Madeleine, qui se terminait sous la Monarchie de Juillet avec l’exécution du fronton par Lemaire (1798-1880) et les commandes de mobilier liturgique. A la même époque, c’est en donnant des modèles pour l’orfèvrerie civile qu’il accède à la notoriété.

C’est sa rencontre avec l’architecture qui, semble-t-il, permet à Geoffroy-Dechaume de se tourner vers la sculpture monumentale. Le moment à partir duquel il entre en contact avec le tout jeune milieu des architectes restaurateurs se situe au milieu des années 1840, sans doute à l’occasion des travaux menés par Lassus (1807-1857) à Saint-Germain-l’Auxerrois de 1837 à 18481. Les archives du sculpteur mentionnent de façon elliptique un travail de moulage, effectué au portail nord de la cathé­drale de Paris pour la réalisation d’une Vierge, analogue à celui de Saint-Germain-l’Auxerrois en août 1846. C’est le sculpteur Louis Desprez (1799­1870) qui est chargé du travail de sculpture.

En 1848, Geoffroy-Dechaume fait partie des membres fondateurs de la Société d’archéologie nationale qui réunissait outre Didron (1806-1867), les architectes Lassus, Abadie (1812-1894), Boeswillwald (1815-1892), Viollet-le-Duc (1814-1879) et les sculpteurs Pascal (1810-1882), Pyanet et Toussaint (1806-1862)2. Cette année-là, Geoffroy-Dechaume et son équipe commencent à travailler à la restauration des sculptures de Notre-Dame de Paris, dont le chantier avait été entrepris en 1843 par Lassus et Viollet-le-Duc. Parallèlement, Lassus lui demande d’intervenir à Chartres, pour estamper la sculpture du portail du bras nord du transept de la cathédrale ainsi que les bas-reliefs du jubé retrouvés par l’architecte en 1848. Par la suite, ces bas-reliefs furent placés dans la crypte de la cathédrale où ils formaient une sorte de musée. L’année suivante, il est chargé de la restauration des sculptures de la Sainte-Chapelle, toujours sous la direction de Lassus. Est-ce à cette occasion qu’il se noua d’amitié avec Bœswillwald, qui secondait l’architecte ? En 1858, Viollet-le-Duc lui commande la sculpture du tympan de la porte du donjon au château de Coucy.

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 Le « beau Christ » Tympan de Notre Dame de Paris, oeuvre d’Adolphe Victor Geoffroy-Dechaume

A partir de 1859, un nouvel architecte travaillant pour l’administration des monuments historiques intervient dans sa vie professionnelle : Victor Ruprich-Robert (1820-1887). Cc dernier lui commande deux tympans pour les églises qu’il restaurait alors : celui de l’abbaye aux Dames de Caen (1859-1862) et celui de Saint-Sauveur de Dinan (1859-1864). Cette même année, dans le cadre de la restauration complète de la basilique de Saint-Denis, Viollet-le-Duc, dont le projet est de rétablir l’ensemble de l’édifice dans un état supposé originel, décide la remise en place du tombeau de Dagobert, précédemment restauré par Debret (c’est à dire son rétablisse­ment à côté de celui de son épouse Nantilde dont il avait été séparé en 1817). Geoffroy-Dechaume est chargé du travail de sculpture sur la personne du roi, pour lequel il est accompagné de son mouleur habituel, Pouzadoux , et du praticien Meunier (?-1886).

En 1863, il collabore avec Boeswillwald qui lui confie la restauration des sculptures du portail du bras sud du transept de la cathédrale de Bayonne, et deux ans plus tard, les interventions liées à la restauration de la cathédrale de Laon. En 1873, il travaille à nouveau en Normandie avec Ruprich Robert pour le tympan intérieur et le linteau du portail du bras nord du transept de la cathédrale de Sées.

A partir de 1880, Geoffroy-Dechaume cesse progressivement cette activité de sculpteur monumental. Est-ce dû à son âge avancé ou à des responsabilités prises dans d’autres domaines ? C’est à partir de ce moment, en effet, qu’il fait partie de la commission des monuments historiques et qu’il commence à réfléchir au projet de musée de Sculpture comparée où il succédera à Du Sommerard comme conservateur à partir du 17 mars 1885. Il faut cependant faire exception de la commande privée du comte de Paris qui fait restaurer le tympan de la chapelle du château d’Amboise par Ruprich-Robert. Pour ce bas-relief évoquant la vie de saint Hubert, Geoffroy-Dechaume se fait largement secondé par son fils Adolphe Louis.

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