Le Feu du soleil, un entretien héliotropique (2)

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Quand Sel Y Est

Extrait du Chapitre V : (des trois principes, de la Lettre « G » » comme Gala )

R. A. : Qu’est-ce que les trois principes du sel, du soufre et du mercure ?

E. C. : Ce sont les composants des corps. Le corps est le sel, au fond, l’esprit étant le mercure, et le soufre étant l’âme.

R. A. : Ce sont donc des principes et non pas les corps qu’on désigne couramment par les mêmes termes. Il y a bien quatre éléments, y compris l’air?

E. C. : Oui, avec l’eau, la terre et le feu.

R. A. : Qui ne sont pas davantage ce que le langage courant, ou même le langage de la chimie nomme ainsi.

Quel est le rapport entre les principes et les éléments ?

E. C. : Dans l’étoile à six branches, le sceau de Salomon, deux éléments sont représentés chacun par un triangle : l’eau et le feu.

R. A. : Quel est le rapport entre les principes et les éléments ?

E. C. : Quand les deux triangles sont bien interpéné­trés, ils donnent la pierre. La pierre, c’est l’étoile de Salomon.

R. A. : Les principes composent les corps…

E. C. Oui.

R. A. : Et les éléments ?

E. C. : Les principes sont au sein des éléments, qui sont en proportions différentes.

R. A. : Il appartiendra à l’alchimiste de faire varier ces proportions.

« Le monde est tel que Dieu l’a créé. Au début, il en fit un corps composé de quatre élé­ments. Il fonda ce corps primordial sur la trinité du mercure, du soufre et du sel, et ce sont là les trois substances dont se compose le corps tout entier. Car elles forment tout ce qui est contenu dans les quatre éléments, elles portent en elles toutes les forces et facultés des choses périssables. En elles sont le jour et la nuit, la chaleur et le froid, la pierre et le fruit, et tout le reste non encore formé. »

Vous avez reconnu Paracelse.

E. C. : Oui. Qui saurait mieux dire ?

R. A. : Qu’est-ce qu’un alchimiste?

E. C. : Restons dans la Tradition, même à la lettre.

R. A. : Dom Antoine-Joseph Pernéty, Dictionnaire mytho-hermétique, article « PHILOSOPHE » :

« Amateur de la Sagesse, qui est instruit des secrètes opérations de la Nature, et qui imite ses procédés pour parvenir à produire des choses plus parfaites que celles de la Nature même. Le nom de philosophe a été donné de tout temps à ceux qui sont véritablement instruits des procédés du grand oeuvre, qu’on appelle aussi Science, et philo­sophie hermétique, parce qu’on regarde Hermès Trismégiste comme le premier qui s’y soit rendu célèbre. »

Le grand oeuvre,  mais d’abord imiter les pro­cédés de la Nature. Est-ce la méthode de l’alchimie, dans sa généralité?

E. C. : La Tradition toujours. Elle nous assure. Re­courez-y.

R. A. : Je cite donc une définition encore. Grassot nous a enseigné la Lumière tirée du chaos, en 1784, et nous tend une nouvelle clé, méthodologique celle-là : « La nature est très simple dans ses opé­rations; ainsi donc il faut l’imiter si l’on veut réussir dans ses entreprises. »

Et, maintenant, précisons : Quelle est la diffé­rence entre la voie dite « humide » et la voie dite « sèche »?

E. C. : C’est délicat. Il ne serait ni philosophique ni scientifique de déclarer que la voie humide n’existe pas.

La voie humide, c’est la voie de verrerie, où va l’eau. On opère dans un récipient de verre une coction très longue. J’ai suivi la voie humide, je l’ai suivie en conscience. Ce n’est pas parce que je n’ai pas réussi suivant cette voie que cette voie n’est pas vraie. Mais je crois que les auteurs, les Adeptes n’ont tant parlé de cette voie humide qu’afin de donner des renseignements par analogie sur la voie sèche.

La loi du ballon, c’est la loi des amalgames. Si je refaisais un essai, je procéderais différem­ment, je ferais un autre amalgame. Je préparerais une chaux d’or au lieu de prendre directement du métal précieux. J’avais jadis employé un mercure très pur que j’avais distillé longuement. Il en résulte — ah oui! — des séries de couleurs, des phases colorées. Sur ce point, Philalèthe est « envieux », comme Etteilla. Ils ont fait cette coction. On a pré­tendu, d’un point de vue scientifique, qu’au cours de la coction dans un ballon fermé, le vif-argent, le mercure liquide se couvrait d’une pellicule d’oxyde rouge qui se transformait. Or, ce n’est pas possible, cela, je n’y crois pas. Quelque chose se produit en effet, quelque chose de curieux, mais je crains que ce ne soit qu’une apparence. En un mot, je ne crois pas à la voie humide, mais je ne peux pas affirmer qu’elle ne soit pas.

R. A. : Et la voie sèche?

E. C. : Ah ça! Je raisonnerai encore d’après mon expérience. La voie sèche est certainement vraie, elle conduit certainement à la fin — de laquelle je suis très proche —, parce que toute la partie que j’en ai parcourue s’est montrée exacte.

R. A. : Pourquoi cette épithète « sèche »  ?

E. C. : Parce que cette voie s’opère continuellement au feu dans des récipients de terre réfractaire, et non pas dans le verre. Il n’y a exception que pour la préparation des sels qui servent pour les fon­dants — enfin, mieux vaut ne pas dire « fon­dants », mais disons le médiateur salin. C’est ce médiateur, cet évêque qui unit les deux époux. Sans lui, ils ne s’unissent pas. L’évêque de Basile Valentin rapproche le roi et la reine.

R. A. : L’alchimiste connaît l’unité de la matière et de l’esprit, et il s’efforce de suivre un processus naturel, pour parvenir à quel résultat? à quel résul­tat s’agissant de la matière et auquel s’agissant de l’esprit?

E. C. : Eh bien! unir une femme à son mari. Et l’évêque les unit. D’où provient un petit enfant qui est plus beau que ses parents. Cet enfant, c’est la pierre philosophale. L’alchimie, à la différence de la chimie empi­rique qui procède par analyse, procède par syn­thèse. C’est une auto-genèse en somme.

R. A. : La pierre philosophale — cet enfant —, en existe-t-il une seule espèce, ou deux, ou trois?

E. C. : Il n’y a qu’une pierre philosophale. Quand on parle de l’oeuvre au noir, c’est de la blague. Il n’y a pas d’oeuvre au noir.

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