La Femme solaire : ambivalence et métaphysique du masculin féminin

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L’animus et l’anima forment un couple d’opposés à l’intérieur de chaque psychisme, et ce couple est complémentaire. Chaque fois que l’anima se manifeste elle est accompagnée de l’animus, parfois fort et dominant, parfois faible et mal défini. Chaque figure d’anima produit une figure d’animus qui lui est propre, et inversement.

Très schématiquement et en se référant aux images mythologiques, ce sont des couples qui se présentent : soleil-lune, clarté-ombre, dragon-héros, Roi-Reine, Vieux Sage-Vierge, etc… En psychologie analytique, tandis que l’anima renvoie à l’intériorité, à l’imaginatif, à l’affectif, l’animus représente le rationnel, l’objectif, l’extériorité, le conscient, la volonté, l’héroïsme.

Si l’anima est âme, l’animus est esprit, logos ; cependant, «La tâche à accomplir est de conserver à l’esprit et à l’âme leur distinction (ce qui est l’exigence de l’esprit) en même temps que de les garder reliés (ce qui est l’exigence de l’âme) » (J. Hillman, Anima et Animus, p.221).

Chez la femme, l’animus représente sa masculinité, ses qualités ou spécifications masculines. Mais l’animus représente aussi l’idée ou la projection qu’elle se fait de l’homme. Ainsi, pour une femme restée « primitive » ou fruste, l’animus se présente sous les traits de l’homme musclé qui accomplit des exploits physiques : héros du stade, superman, acteur au physique avantageux, ou encore l’homme d’affaires qui gagne beaucoup d’argent et roule dans une belle voiture. Dans ce cas, c’est l’exploit et l’action qui priment, devant lesquels la femme est remplie d’admiration, ou de frustration secrète du fait qu’elle se sent et se perçoit inférieure.

Ce sera aussi, à un stade plus différencié, le guide spirituel, le chef charismatique, le gourou d’une secte, Big Brother, le Christ-amant du transport mystique, l’homme-enfant qu’on materne.

Si la femme abdique et renonce à exercer ses capacités intellectuelles, l’animus devient une force autonome qui agit dans l’inconscient de façon incontrôlée.

Le problème de l’intégration de l’animus dans la personnalité est un problème énergétique qui se pose à la femme actuelle : la femme « traditionnelle » détentrice du mystère de la vie et de la fécondité, centre et pivot du foyer ou de la tribu, n’existe plus, et l’énergie qu’elle utilisait à ces fins demande à être dirigée vers d’autres buts. L’inconscience et l’immersion dans la Nature est un état bienheureux, c’est celui de l’enfance et du « primitif », et Jung souligne le fait que tout accroissement de conscience se paie très cher, car l’opposition entre la nature et l’esprit produit un déchirement qui met la personne en conflit avec elle-même. En principe, l’éducation et le courant civilisateur devraient contribuer à résoudre ce conflit et à orienter l’énergie, mais les

 Etats et les religions semblent avoir renoncé depuis 50 ans à élever le niveau de conscience général, et par conséquent cette tâche incombe, aujourd’hui bien plus qu’hier, à l’individu isolé et particulièrement à la femme.

Il n’en demeure pas moins que celle-ci n’a pratiquement pas participé à la révolution technologique des dernières décennies, se contentant de suivre le courant et de profiter de ses effets « libérateurs », tout en revendiquant la libre disposition de sa sexualité. La revendication féminine d’une participation croissante dans la politique et plus généralement dans la conduite de la société remet au premier plan le problème de l’animus : quelle image de l’homme se fait la femme contemporaine, et dans quelle mesure cette projection incite l’homme à se conformer à l’image que la femme se fait de lui ?

Si c’est le principe d’Autorité (le Tiers dominant) qui prévaut, le grand patron, la vedette d’un certain type, le Père omnipotent et omniscient exerceront une attirance sur la femme en raison de l’éclat, de la puissance, de l’extériorité, indépendamment de la valeur intrinsèque de l’individu, de ses vertus et de son intelligence. Ce qui pose le problème de la propre composante masculine de la femme, et de l’importance d’établir une relation authentique avec son animus, de le reconnaître et de l’intégrer dans sa personnalité. Pour la femme, connaître et maîtriser « l’homme qui est en elle » lui permet de vivre en harmonie avec sa féminité.

La promotion de la femme ne consiste pas simplement à exercer une activité intellectuelle ou autre jadis réservée à l’homme, mais à développer une intellectualité féminine propre et d’une autre qualité que celle de l’homme. Il est tout à fait absurde que de nos jours encore un seul type d’enseignement, c’est-à-dire une seule façon de penser, soit dispensé aux hommes et aux femmes, celles-ci devant se conformer au logos masculin pour accéder à des fonctions instituées suivant des critères masculins.

L’égalité de la femme est une chimère en regard de ce que pourrait être une véritable alternative féminine, et il est navrant de constater le nombre de femmes ayant accédé à des postes dits de responsabilité adopter la même attitude de cynisme et d’agressivité ou d’intolérance habituellement adoptée par les hommes, et ce aux dépens de leur nature profonde refoulée.

Faute de reconnaître cet inconnu « qui est en elle », la femme soit se confond avec ce personnage, soit en est possédée ; il en résulte tout un enchaînement d’insatisfactions qui affectent son comportement, souvent de façon inattendue.

L’identification à l’animus rationnel est séduisante parce qu’elle place la femme sur un pied d’égalité apparente à l’homme, mais les légendes et mythologies, qui contiennent des vérités dont on ne parle pas entre gens civilisés, nous enseignent que la femme exerce un pouvoir parce qu’elle saisit la réalité et donne un sens à la vie sans chercher à comprendre. Toutes les doctrines, toutes les théories, les dogmes et les systèmes philosophiques sont des oeuvres masculines qui intéressent les hommes au plus haut degré au point qu’ils se battent et meurent en leur nom, alors que les femmes ne leur accordent que peu d’attention parce qu’elles se situent sur un autre plan, celui de la vie. Par contre, l’histoire nous fournit l’exemple de figures masculines qui ont joui d’un ascendant extraordinaire sur les femmes parce qu’ils incarnait l’animus qui sommeillait en elle ; Hitler fut un de ceux-là.

Il semble maintenant évident que le problème de la Féminité et de la Masculinité ait été mal posé dès que les revendications se soient manifestées et à partir du moment où il a été posé en termes de sexualité, ce qui a personnalisé le débat et complètement faussé l’approche. Car la Féminité et la Masculinité sont deux façons d’utiliser l’énergie, et donc des potentialités a priori disponibles pour l’homme comme pour la femme.

Mais notons tout d’abord que toute déficience ou faiblesse d’une de ces potentialités énergétiques favorise la montée en puissance, c’est-à-dire l’hypertrophie, de l’autre. Ainsi, dans le passé, une forme de Féminité s’est imposée pendant 25.000 ans parce que la Masculinité manquait de structure mentale et psychologique compensatrice : tout était sensation, affectivité, magie et intuition divinatoire parce que les concepts et la logique faisaient défaut.

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