L’anneau d’Helias, du chevalier au cygne à la Toyson d’Or (2)

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Nous commençons à mesurer l’importance des secrets sur lesquels veillaient les édiles de Bruges e dont le duc Philippe de Bourgogne n’ignorait rie] quand il choisit cette ville pour y créer le plus fameux de tous les ordres de chevalerie, celui de la Toison d’or.

La proclamation par le roi d’armes en eut lieu le 10 janvier 1430 au cours d’un pas d’armes dans L cour des Princes. Suivit l’appel des vingt-trois «gentil hommes de nom et d’armes et sans reproche, nés et procréés en légal mariage » à qui le souverain allai passer au cou le collier à l’emblème de la peau de bélier. Or sous cette précieuse toison se cachait bien mal l’aîné des enfants d’Oriant car la chaîne en or massif des nouveaux chevaliers ne fut pas seulement décrit aussitôt comme un lacs d’amour mais leurs porteurs ne pouvaient un seul instant s’en départir, sous peine d’une messe à quatre sous. En outre, leur manteau écarlate était brodé de l’énigmatique devise AULTRE NARAY, sur le sens de laquelle nombre d’historiens se sont penchés en multipliant les hypothèses, mais sans remarquer que c’étaient là très simplement, les paroles du roi Oriant à la fée Béatrix, au vers 131 de la geste du Chevalier au cygne !

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Cygne_constellationCeci jette une lueur différente sur cet ordre de chevalerie célèbre, laisse entrevoir au dessein du grand duc d’Occident une doublure ésotérique qu’à vrai dire le symbole même de la toison d’or laissait augurer et dont il fallait, au départ du royaume d’Oriant et en passant par la Bourgogne, aller cher­cher l’explication à l’extrême orient du continent européen.

La nef Argo

A l’apôtre André revenait en effet l’honneur d’avoir évangélisé le Caucase. Or c’était de cette lointaine Scythie qu’avaient jadis été chassés les Burgondes, ancêtres mythiques des Bourguignons. Et c’était au même lieu déjà, et plus exactement en Col­chyde, qu’un savant bélier volant avait eu selon la mythologie, la bonne fée d’aller se faire sacrifier, question qu’on puisse accrocher aux branches d’un chêne sa fabuleuse toison d’or !

On se souvient à présent que le frère d’André, apôtre comme lui, avait nom Simon, baptisé Pierre. Lequel patronnait pour sa part l’autre pôle de la Bourgogne, religieux celui-là, avec l’abbaye bénédic­tine de Cluny, rivale de Rome, championne de la Connaissance et cerveau des routes de pèlerinage.

Or, saint Pierre se fête le dernier jour de juin et son frère, le dernier jour de novembre. Et tout était si bien calculé que les initiales des cinq mois séparant ces deux dates — juillet, août, septembre, octobre, novembre — forment dans leur ordre strict et de manière extraordinaire le nom deJASON, chef des Argonautes et de l’opération « Toison d’or » !

En conséquence, les statuts de l’ordre après avoir porté à trente le nombre des chevaliers, prévoiront en même temps que le chapitre annuel de la Toison d’or se tiendrait à la Saint-André, un 30 novembre. Le premier de ces chapitres se réunit à Lille, le second en 1432 à Bruges, comme le onzième en 1468 dans la collégiale Notre-Dame et le treizième dix ans plus tard à Saint-Sauveur.

bruges_galerieDans le choeur de Notre-Dame, vingt neuf bla­sons au collier en témoignent au-dessus des stalles qu’occupaient les participants, le Téméraire pré séant du maître-autel. Le trentième et dernier du rang à droite, celui de Jean de Nevers, fut alors noirci, son titulaire ayant été exclu de l’ordre comme « sorcier »! Mais ses confrères et juges à colliers l’étaient-ils moins, eux qui prétendaient pour la plupart, sinon tous, descendre en ligne directe ou féminine d’une fée, et du chevalier au Cygne ?

Les stalles de Saint-Sauveur, elles, n’arboreront plus que vingt-huit blasons en 1478. Encore était-ce un leurre car non seulement on ne siégea pas à la date prévue par les statuts mais en avril, le trente pour respecter malgré tout un chiffre, alors que le chef de l’ordre et douze chevaliers étaient morts, onze emprisonnés. En fait ce treizième chapitre n’avait pu rassembler que cinq colliers pour s’élire un nouveau souverain, en la personne de l’archiduc Maximilien, qui n’avait pas vingt ans.

En faut-il plus à vrai dire pour comprendre qu’il fallait que ce soit à Bruges qu’on crée cette compa­gnie triée sur le volet, arborant les hâtons croisés de l’apôtre supplicié ou selon, les branches écotées du chêne qui porta l’enviable toison ? Pour que ce cénacle de héros, rêvant de jouer les Argonautes et de récupérer l’ancestral patrimoine, emprunte bientôt les voies secrètes de l’ésotérisme ? Et pour qu’enfin les trente chevaliers de la Saint-André se retrouvent plus tard avec Charles Quint à cinquante passagers sur la nef Argo ! Laquelle a depuis longtemps rejoint le Cygne parmi les constellations.

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