L’ésotérisme en Suisse : naissance de la Franc-Maçonnerie (3)

Quand le Canton de Vaud mène la danse, la nouvelle lumière révolutionnaire se lève à l’occident !

fm_suisseEn abattant la Franc-Maçonnerie, les seigneurs de Berne pensaient empêcher l’élite intellectuelle qui en faisait partie d’y propager les nouvelles idées révolutionnaires. Mais c’était sans compter sur la ténacité et l’ascendant de Maçons tels que Frédéric-César de La Harpe, Pierre-Maurice Glayre (ancien conseiller du roi de Pologne) et bien d’autres encore. Dès 1789, les idées révolutionnaires se propagent dans le pays à une rapidité incroyable par le biais de libelles et de journaux publiés par des Maçons, comme, par exemple, le Projet d’une Déclaration des Droits de l’Homme et des Citoyens, ou les Lettres de Philanthropus sur une révolution arrivée dans le canton de Berne, de Frédéric-César de La Harpe. Berne ne tarde pas à réagir et condamne nombre de Francs-maçons. Mais l’arrêté du 18 décembre 1797 du Directoire Exécutif français, qui rendait les gouvernements de Berne et de Fribourg responsables de la sécurité individuelle et des propriétés des habitants du Pays de Vaud, allait redonner force et vigueur à la Franc-Maçonnerie.

republique_helvetiqueDans la nuit du 23 au 24 janvier 1798, est distribuée la brochure écrite à Paris par Frédéric-César de La Harpe et intitulée Instructions pour l’Assemblée Représentative de la République lémanique, engageant les villes et les communes du Pays de Vaud à proclamer leur indépendance, à se constituer en République lémanique et à nommer une Assemblée représentative. Le 27 janvier, l’Assemblée provisoire, présidée par Pierre-Maurice Glayre, délègue des députés à Paris pour exprimer au Directoire la reconnaissance du Pays de Vaud et offrir à Frédéric-César de La Harpe la représentation du futur gouvernement vaudois à Paris. L’indépendance vaudoise avait rendu à la Franc-Maçonnerie sa liberté d’action. La vie maçonnique reprit rapidement son cours. A Neuchâtel, principauté prussienne, la loge Aux Trois Etoiles Flamboyantes s’éteint rapidement. C’est de la petite ville du Locle que renaîtra une Franc-Maçonnerie durable dans la principauté. Fondée le 22 octobre 1774, sous le titre Les Vrais Frères Unis, cette nouvelle loge réunira des Maçons émanant de la ville de Neuchâtel et du Littoral, ainsi que de la ville voisine de La Chaux-de-Fonds (qui n’était alors encore qu’un gros village). Elle évoluera sans trop d’histoires sous l’égide irrégulière de la Grande Loge de France, puis, régulière cette fois, du Grand Orient de France, dès 1780, par l’entremise de la loge de Besançon. Elle passera sous l’égide de la Grande Loge Aux Trois Globes de Berlin quand le Grand Orient de France suspendra ses activités durant la Révolution, en 1793. A cette même époque, Les Vrais Frères Unis durent eux aussi suspendre leurs activités jusqu’en octobre 1796.

Peu après la fondation de la loge locloise, il y aurait eu la création d’une seconde loge en ville de Neuchâtel, mais de très courte durée, si l’on en croit les Mémoires de l’Imprimeur du Roi, Abram-Louis Fauche-Borel :  » Je fus un de ceux qui fondèrent à Neuchâtel une loge affiliée à celle qui venait de s’établir au Locle. Elle fut fermée dans la suite, parce qu’il s’y était introduit des hommes qui s’occupaient de politique, ce qui était contraire aux règlements en vertu desquels aucune discussion de ce genre ne devait avoir lieu. » A cette époque qui précédait de peu la Révolution française, les esprits étaient surchauffés comme partout en Suisse par les idées nouvelles. C’est dans ce climat politique fait d’un mélange de tension, d’angoisse, d’attente et de curiosité qu’allait naître en mars 1791, sous le titre Frédéric-Guillaume La Bonne Harmonie, la première loge de Neuchâtel appelée à durer. Les francs-maçons de la ville et du Littoral qui, pour la plupart, se réunissaient habituellement au Locle, quittèrent leurs frères loclois pour la nouvelle loge neuchâteloise. Celle-ci, forte déjà de 14 membres, procéda à sa première initiation le 12 mai 1791 et continua de prospérer au rythme de trois ou quatre réceptions chaque année jusqu’en 1797. Mais, dès cette année, elle subit une crise due aux répercussions des événements révolutionnaires. Ce sera la cession du Pays de Neuchâtel à la France, en 1806, qui ramènera le calme et réveillera la loge neuchâteloise.

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