Napoléon et l’ordre impérial des trois Toisons d’Or

napoleonNapoléon lors de la remise de la légion d’honneur

Historique de la création éphémère de l’Ordre impérial des Trois Toisons d’Or par Napoléon. On le sait moins mais la principauté de Wagram comprenant Chambord,  Eckmühl et Essling fut créée également à cette occasion.

Au camp de Schônbrunn, le 15 août 1809, Napoléon, au faîte de sa gloire, crée par lettres patentes l’ordre impérial des Trois Toisons d’or. Cet ordre militaire de grand prestige devait, selon le dessein de l’empereur, témoigner de sa domination sur l’Europe. Le décret stipulait que l’ordre comporterait cent grands chevaliers choisis parmi les très hauts dignitaires, quatre cents commandeurs et mille chevaliers. Il ne s’obtenait, à de rares exceptions près, que pour des actions militaires d’éclat et, grande innovation dans le domaine des décorations, devait aussi être attribué aux aigles de certains régiments.

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Napoléon, selon le baron Lejeune, en définit lui-même l’allégorie  :

« Mes aigles ont conquis la Toison d’or des rois d’Espagne et la Toison d’or des empereurs d’Allemagne. Je veux créer pour l’empire Français un ordre impérial des Trois Toisons d’or. Ce sera mon aigle aux ailes déployées, tenant suspendue, dans chacune de ses serres, une des Toisons antiques qu’elle a enlevées et elle montrera fièrement en l’air, dans son bec, la Toison que j’institue. » (in Mémoires du général Lejeune publiés par Germain Bapst, 1895, IX, p. 3.) Dominique Vivant Denon en conçut l’insigne et, dès le 25 août 1809, fit parvenir de Vienne au duc de Bassano des dessins : « Je crois que le n » 4 est celui qui doit remplir le mieux la pensée de S. M.

Il ne faut point espérer que les deux cours renoncent sans un article de Traité à faire des Chevaliers. Il n’y a donc qu’un moyen de subordonner les autres. C’est de faire une décoration où sera exprimée la conquête qui en a été faite . » (lettre, in archives privées.)
Dès le 24 septembre 1809, l’empereur charge le comte de Lacépède, en attendant la nomination du grand chancelier du nouvel ordre, d’en assurer les fonctions et de faire réaliser les décorations (Correspondance de Napoléon, XIX, N° 15855).

Lacépède, tout en informant Napoléon des réticences soulevées par ce projet au sein de la Légion d’honneur, va s’occuper de faire réaliser la décoration ; il soumet à plusieurs reprises des modèles à Napoléon. Toutefois, il semble qu’aucune réalisation définitive n’était encore exécutée quand le comte Andréossy fut nommé grand chancelier de l’ordre des Trois Toisons d’or, le 14 octobre 1810. Il est vrai que le contexte politique a changé et que Napoléon, devenu l’époux de Marie-Louise, hésite à distribuer un ordre conçu pour humilier l’Autriche.

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Un nouvel élan est cependant donné aux travaux pré¬paratoires dans la perspective du 15 août 1811 ; le conseil de l’ordre se réunit plusieurs fois (procès-verbaux, in archives privées) et de nouveaux modèles d’insignes sont examinés. Un projet (non signé) qui présente l’aigle impériale empiétant sur la pierre à feu d’où pendent les trois Toisons est arrêté le 3 août ; ce feuillet, conservé dans les archives du musée de la Légion d’honneur à Paris, présente la couleur du ruban : ponceau liseré d’or ou gros vert liseré d’or. Il ne fut pas non plus suivi d’effet. Le musée de la Légion d’honneur conserve aussi un ensemble de dessins présentés par divers orfèvres parisiens : Nez, Merché-Marchand, Oliveras, Coudray et Martin-Guillaume Biennais. Chacun est accompagné de notes explicatives. Les modèles de Biennais sont commentés par une lettre, en date du 31 août 1811, probablement adressée au comte Andréossy :

« Monseigneur, Je prends la liberté de présenter à votre Excellence quatre intentions de la Décoration de l’Ordre des Trois Toisons d’or.  Le 1 a les trois toisons qui se regardent et il y a trois places pour les inscriptions que vous désirez y mettre. Le d 2 est de même forme excepté que deux des trois regardent en dehors. Le no 3 a les trois toisons les têtes à droite et une légende au-dessus pour recevoir l’inscription qui doit être en or sur émail rouge. Le no 4 est idem mais les trois toisons sont de face. J’ai fait apparaître des éclats de foudre comme votre Excellence a paru le désirer et j’ai mis à chaque croix un anneau qui est un serpent se mordant la queue. Je joins aussi, Montseigneur (sic), deux pensées de plaque dudit ordre qui peut-être vous sera agréable. Si votre Excellence désire avoir plusieurs intentions d’un collier pour cet ordre, je m’en occuperai de suite et j’au¬rai l’honneur de le présenter à Monseigneur. Je demande pardon à votre Excellence de l’importuner encore une fois pour ces objets mais je compte toujours sur l’honneur de sa protection. J’ai l’honneur d’être avec respect, de Monseigneur, le très humble serviteur. » Après tant de tergiversations, l’insigne définitif ne verra pourtant jamais le jour : par décret du 27 septembre 1813, l’ordre des Trois Toisons d’or est en effet réuni à la Légion d’honneur sans avoir connu de réelle existence. Seuls les dessins des orfèvres parisiens témoignent encore de l’orgueilleux projet de Napoléon I« .

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