René Descartes, cavalier Rose Croix

 

moredescarteskeplerRené Descartes 31 Mars 1596, Stockholm 11 février 1650
(Larvatus pro deo, Heureux qui a vécu caché)

Ce cahier est livré avec son double : le magistère adeptal de la Reine Christine de Suède + un poster  : voir les cahiers ici

Les fondements d’une science admirable

 

Discours de la méthode : vers la « mathesis universalis », ordre et mesure.

C’est par le discours de la méthode que Descartes a traversé les siècles, siècles de potaches, d’étudiants et khâgneux en tous genres !…


« Comme nous avons été enfants avant que d’être hommes et que nous avons jugé tantôt bien et tantôt mal des choses qui se sont présentées à nos sens lorsque nous n’avions pas encore l’usage entier de notre raison, plusieurs jugements ainsi précipités nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, et nous préviennent de telle sorte qu’il n’y a point d’apparence que nous puissions nous en délivrer, si nous n’entreprenons de douter une fois en notre vie de toutes les choses où nous trouverons le moindre soupçon d’incertitude. » (Principes de la philosophie)

A remarquer ce point important que c’est moins nos sens qui nous trompent que le jugement et la façon que nous avons d’appliquer notre jugement sur les choses.
Une  » méthode  » (de méta, vers, à travers, et hodos, route, itinéraire) est un cheminement que l’on s’impose afin d’atteindre un objectif le plus directement et le plus sûrement possible. Ici c’est le doute qui est employé en tant que méthode. Il ne découle pas d’une attitude frileuse ou miné par le scepticisme. Le doute de Descartes est une « méthode », car Descartes ne doute pas pour douter, mais il doute afin de découvrir la certitude, et donc afin de sortir du doute. On l’appelle doute hyperbolique au sens où il permet de traverser plus sûrement le vraisemblable en vue du vrai. Descartes ne veut pas faire du  » sur place « , c’est-à-dire s’installer dans un doute stérile ; tout au contraire, il fait du doute un point de départ, un tremplin à partir duquel il va s’engager d’un pas assuré sur la voie de la connaissance certaine. En cela son doute se distingue de celui des sceptiques, qui est suspension momentanée, ou durable, du jugement, et qui enferme l’esprit dans la perplexité et l’incertitude. Le doute de Descartes, au contraire, lui permet d’établir la possibilité d’une connaissance métaphysique. Le but à atteindre qui est la nouveauté ici c’est « la certitude », désormais élevé au rang de critère ultime de la vérité ce qui aurait à plus d’un égard étonné les grecs comme les scolastiques.
Le titre exact de ce discours est par ailleurs « Discours de la méthode pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences. Plus la Dioptrique, les Météores et la Géométrie qui sont les essais de cette méthode » : tel est le titre initial de l’ouvrage publié de son vivant par Descartes, le 8 juin 1637.
L’actuel « Discours de la méthode » n’est donc en réalité qu’une introduction à trois essais scientifiques ou applications de la méthode.
Entreprenant de fonder une science nouvelle, Descartes achève, en 1633, l’élaboration de sa physique, laquelle prend acte du modèle héliocentrique de l’univers – modèle initialement constitué par Copernic. A la suite du procès de Galilée condamné par l’Eglise romaine et contraint de se rétracter, il renonce cependant à en publier les principes et les résultats dans le Monde (ou Traité de la lumière).
Empêché de dévoiler l’ensemble de ses découvertes, Descartes prend alors le parti, dans le Discours, de n’exposer que la méthode ou démarche de pensée qui l’y a conduit. Ce faisant, il rapporte les doutes qui ont accompagné sa recherche et les étapes qui l’ont jalonnée.

descartes-bleuAu cours de ce périple le « cogito ergo sum » apparaît comme constituer la certitude recherchée. Le cogito est d’abord une évidence (du verbe voir ou ce qui donne à voir) avant d’être une déduction dans un raisonnement.
Le doute se heurte enfin à quelque chose qui résiste, un peu comme un roc, à tout ce chambardement : c’est le fait que je ne peux pas douter que je doute. Je ne peux pas douter que je doute, donc que je pense, pas plus que je ne peux douter que je pense si je rêve (même si je ne fais que rêver que je pense). Il faut bien que je sois là, moi, en train de douter de mon existence. Si je doute de mon existence, je pense, donc j’existe. Voici donc acquise notre première certitude, c’est-à-dire notre première  » évidence « .  » Première  » : car elle n’est pas déduite, issue d’un raisonnement, lequel impliquerait des prémisses, des préalables, supposés connus. C’est donc une  » évidence « , dans le sens le plus strict du terme : une affirmation d’une clarté si aveuglante que même les plus extravagantes suppositions des sceptiques  » ne peuvent l’ébranler. Ainsi le doute poussé à son terme se renverse, car il bute sur une vérité indubitable, laquelle ne concerne pas un objet de la connaissance, mais son sujet :  » je suis, j’existe « . Sur ce socle inébranlable, Descartes va pouvoir ancrer sa métaphysique, et par suite, l’ensemble de sa philosophie et avec elle donner les bases de toute philosophie moderne présente et à venir ce qui fera dire au philosophe Hegel « avec Descartes la philosophie est désormais chez elle »
Au passage comme l’a fait remarquer Ferdinand Alquié, Descartes découvrira et mettra le primat de l’existence sur le monde formel des essences : je pense, donc j’existe !
Parce qu’il n’est pas possible de développer ici la philosophie du grand penseur, il revient à en résumer l’axe principal. C’est une pensée de la lumière, non pas d’une lumière externe mais d’une lumière naturelle, celle de la raison. Elle annonce et oppose en même temps cette lumière unique non réfractée car encore liée à l’idée de l’Infini, transcendante et porteuse comme le doute de son propre dépassement dans le concept de perfection, à la philosophie des lumières qui lui succédera un siècle plus tard. Elle est à la recherche d’un fondement véritable pierre sinon brute mais de fondation sur laquelle l’ouvrier pourra œuvrer : la méthode en est l’équerre, la raison le compas, le niveau un jugement éclairé et déterminé, le doute agissant comme un vitriol dissolvant tandis que la certitude est un levier puissant pour porter le grand projet de l’unification des sciences dans une mathesis universalis, sorte de Géométrie des géométries, la matrice de tous les savoirs… Le fil à plomb resté en retrait est évidemment le système héliocentrique que Descartes n’a pu dévoiler par prudence et l’évidence aveuglante des principes issus de la méthode l’illumination qui éclaire l’adepte dont le sens premier est bien « celui qui a atteint »…
« Pro deo larvatus »

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Ici, conseiller spécial de la Reine Christine de Suède

Mais il existe aussi un autre Descartes beaucoup moins connu et qui ne correspond à l’image laissée à la postérité : le Descartes initié et le frère sans tablier dont las idées, je l’ai évoqué rapidement en préliminaire ont contribué par leur idéal à la naissance de notre « Ordre ».
La question est en effet débattue depuis quelques temps : Descartes fut-il Rose Croix ?
Intrigué par les rumeurs qui entourèrent l’apparition du mouvement rosicrucien et les connaissances dont les rose-croix se disaient détenteurs, le philosophe français voulut savoir la vérité à leur sujet. Comme il l’écrivit lui-même dans son « Studium bonae mentis » (L’Intérêt d’un bon esprit) : « Si les rose-croix étaient des imposteurs, il n’est pas juste de les laisser jouir d’une réputation mai acquise aux dépens de la bonne foi des peuples; s’ils apportaient quelque chose de nouveau dans le monde… il aurait été malhonnête à Luy de vouloir mépriser toutes les sciences, parmi lesquelles il s’en pourrait trouver une dont il aurait ignoré les fondements. »
C’est d’ailleurs pour partir à leur rencontre que le jeune homme pris les armes dans l’armée protestante du Prince Maurice de Nassau en 1619. Finalement et lassé de son cantonnement car l’armée ne bougeait pas, Descartes rompit son engagement pour gagner l’Allemagne par ses propres moyens, fit un détour par le Danemark et la Pologne, gagna la Hongrie puis atteignit Frankfort le 20 juillet 1619 pour assister à l’élection du nouvel empereur germanique, Ferdinand II. C’est alors que le conflit qui allait donner lieu à la guerre de Trente ans qui dévasta toute l’Europe survint.
Quelques mots car les raisons comme pour toutes les guerres sont complexes. Disons en gros qu’en élisant leur nouveau Roi, la puissante Bohême défia l’autorité impériale autrichienne au travers de sa dynastie des Habsbourg. Les protestants de toute l’Europe voyaient en Frédéric V, le nouveau roi de Bohême leur chef potentiel dont le beau frère n’était autre Jacques 1er roi d’Angleterre, sa fille étant en effet l’épouse de Frédéric V. En revanche les très catholiques autrichiens y voyaient une insulte et une alliance de trop et le duc catholique Maximilien de Bavière décida d’entrer en guerre pour aider les autrichiens à renverser le nouveau roi.
C’est alors que Descartes pris sa décision : il apporterait son épée à l’armée de Maximilien et jouirait des privilèges dont il avait bénéficié dans l’armée du prince Maurice et c’est à Donau perché sur les rives du Danube qu’il rejoignit ses quartiers officiels.
La guerre qui s’ensuivit ne s’acheva qu’en 1648 et aura vidé chaque village de l’Europe centrale et de l’Est de la moitié de ses habitants, décimés par la peste, la famine et les exactions des divers camps, ce sera la première guerre sinon mondiale mais européenne.
Et c’est là au cours d’un de ces interminables cantonnements qu’il écrivit son fameux « Discours de la méthode » réfugié en son poêle, en fait une pièce chauffée par un fourneau central. Et c’est là également qu’il eut ses 3 rêves dans la nuit du 10 au 11 novembre et qui furent consignés dans un petit carnet intitulé « Olympiques ». Il débute ainsi
« le 10 Novembre 1619, comme j’étais rempli d’enthousiasme et que je découvrais les fondements d’une science admirable … »

à suivre dans le cahier à paraitre (avec un poster)  : voir ici

ce cahier comprend les références révélées pour la première fois de l’implication alchimique de René Descartes. Certains se révèleront de nouveau aux côtés de la souveraine lors de son exil à Rome.

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