Atlantide : le Timée, une histoire vraie

Du mythe à la réalité, l’Atlantide : une histoire vraie par Jacques Gossart.

Avant de nous lancer dans l’étude plus détaillée de l’hypothèse atlantique, une question fondamentale se pose, à laquelle nous allons essayer d’apporter quelques éléments de réponse : l’histoire de l’Atlantide racontée par Platon est-elle un mythe ou une réalité historique ? Curieusement, cet aspect du problème est assez souvent escamoté : bon nombre d’auteurs n’hésitent pas à court-circuiter plus ou moins cette étape du raisonnement. Sans doute parce que la polémique, engagée par Aristote, dure depuis trop longtemps, et que, malgré les milliers d’heures passées à argumenter dans l’un ou l’autre sens, le terrain est toujours à peu près aussi glissant. Il semble cependant que les éléments objectifs ne manquent pas (entendons par là qu’ils ne font pas totalement défaut), et il est utile de les exposer au moins brièvement.

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Le Timée de Platon

Rappelons tout d’abord que Platon a rassemblé dans le Timée l’ensemble des connaissances de son époque. Ce texte qui traite « de la nature » regroupe en effet des sujets aussi scientifiques que : « Les quatre espèces d’êtres vivants », « Les corps composés de triangles », « Les saveurs, les sons, les couleurs », ou encore « Les différents organes » ou « La respiration ». Bien sûr, il s’agit des connaissances de l’époque, qui paraissent bien loin de la vérité ou, pour mieux dire, de notre vérité, laquelle a pris, ces dernières décennies, un fameux coup de vieux. Et pour en revenir à Platon, il ne faudrait pas oublier qu’il fut un disciple de Pythagore. Il fréquenta d’ailleurs des pythagoriciens fameux comme Philolaos, qui concevait déjà une terre en mouvement, avec les autres astres, autour d’un centre occupé par le feu. Et n’est-il pas significatif que Timée lui-même fut pythagoricien ? Quant aux idées mêmes émises par Platon, ont-elles toujours ce caractère naïf qu’on se plaît à leur attribuer ? Nous ne le pensons vraiment pas lorsque, par exemple, dans le Timée justement, il est écrit, à propos du mythe de Phaéton, que : «… la vérité qui s’y recèle, c’est que les corps qui circulent dans le ciel autour de la terre dévient de leur course, et qu’une grande conflagration qui se produit à de grands intervalles détruit ce qui est sur la surface de la terre. » Voilà qui nous rapproche diablement de la théorie du catastrophisme qui, après une longue éclipse, retrouve à présent les faveurs d’une partie non négligeable du monde savant. De Platon à Vélikovsky, le chemin est court, très court !

Il convient ensuite de rappeler que Platon insiste vigoureusement — c’est le moins qu’on puisse dire — lorsqu’il affirme la véracité de son récit. En voici quelques exemples : « Raconte-moi, dès le début (…), ce qu’en disait Solon et comment et de qui il l’avait ouï conter comme une histoire véritable »; ou encore : « Les citoyens et la cité que tu (Socrate) nous a représentés hier comme dans une fiction, nous allons les transférer dans la réalité. » On ne saurait être plus clair ! Quelques lignes plus loin, Platon croit devoir insister encore : «( Il ne s’agit pas d’une fiction, mais d’une histoire vraie et d’un intérêt capital. » Nous savons bien que ce n’est pas nous qui clôturerons cette querelle sans fin, mais au moins, essayons d’envisager le problème de la façon la plus simple possible, avec bon sens et honnêteté ; et ce ne sera déjà pas si mal ! Personne ne se permet¬trait de contester la grandeur de l’oeuvre platonicienne, et beaucoup consi¬dèrent Platon comme un des hommes les plus remarquables de tous les temps. Mais lorsque cet homme fameux, lorsque ce géant de la pensée humaine, dont l’enseignement est reçu avec respect depuis 2 500 ans, lorsque ce glorieux philosophe écrit tout benoîtement qu’il va raconter une histoire vraie, alors subitement les sourires sceptiques apparaissent, l’auréole tombe, Platon n’est plus le grand, Platon n’est plus qu’un vague boni¬menteur, juste bon à rassasier l’imagination des naïfs et des crédules. Et le bonhomme a beau insister, répéter plusieurs fois qu’il ne s’agit pas d’un mythe : les sourires condescendants ne font que s’accentuer, les oreilles se bouchent et les esprits se ferment. Qu’une attitude sainement critique nous empêche de gober l’histoire sans réfléchir nous paraît normal et souhaitable. Mais, nous le disons et nous le répétons, on ne peut ainsi passer par zéro les affirmations d’un homme de la valeur de Platon, simplement parce que ses affirmations sont dérangeantes.

Cet aspect de la question étant ainsi remis dans une plus juste perspective, on peut s’interroger sur la fiabilité des souvenirs consignés par Platon, cet homme qui, selon le mot de Jacques Victoor, «a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a entendu parler de l’ours ». Ne sautons pas trop vite aux conclusions cependant. Gardons à l’esprit que nous ne sommes pas au XXe siècle, mais à une époque où les distorsions dans le transfert d’informations non écrites étaient, sinon nulles, du moins insignifiantes par rapport à ce que nous connaissons aujourd’hui. Les causes de cette conservation de la qualité de l’information sont multiples, et trop complexes pour être analysées ici ; mais cette stabilité, qui nous parait si extraordinaire aujourd’hui, était pourtant une réalité quotidienne aux époques qui nous occupent. Nous ne ferons que rappeler l’enseignement oral dispensé par les druides, qui portaient sur des volumes pour le moins impressionnants. Nous nous permettrons donc de ne pas suivre Jacques Victoor (car nous avons aussi, heureusement, des divergences de vue au sein de notre groupe), lorsqu’il parle d’« histoire approximative d’un hypothétique continent ». Certes, la prudence reste de rigueur, mais les éléments favorables à une bonne conservation de l’information ne man¬quent pas. Et un certain nombre de ces éléments sont fournis par Platon lui-même, qui semble avoir bien prévu les réactions de ses lecteurs. Donnons une fois encore la parole à Critias : « Je n’ai pas voulu en parler sur le moment ; car, après si longtemps, mes souvenirs n’étaient pas assez nets. J’ai pensé qu’il fallait n’en parler qu’après les avoir tous bien ressaisis dans mon esprit. (…) En y songeant toute la nuit, j’ai à peu près tout ressaisi (…), ce que nous avons appris étant enfants se conserve merveilleusement dans notre mémoire. » Et finalement, quoi de plus normal que l’attitude de Critias : seule la vérité nécessite autant de précautions, la fiction n’aurait pas imposé une nuit blanche à Critias I En outre, Critias et ceux qui lui ont transmis le récit n’avaient-ils à leur disposition qu’une source orale? On peut se poser la question lorsqu’on apprend, toujours de la bouche de Critias, que « ces manuscrits de Solon étaient chez mon grand-père et sont encore chez moi à l’heure qu’il est, et je les ai appris par coeur étant enfant ». De tout ce qui vient d’être dit à propos du Timée et du Critias, nous ne retiendrons pour l’instant qu’une seule donnée, essentielle à la poursuite de notre étude : nous estimons raisonnable de supposer que, contrairement à l’ensemble de son oeuvre, Platon a mis en scène, dans le Timée et le Critias. des événements historiques. Autrement dit, nous pensons pouvoir écrire avec le grand penseur : « il s’agit d’une histoire vraie ».

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à suivre …

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