L’Atlantide des Açores et les colonnes d’Hercule

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Déjà Athanase Kircher, et plus tard Paul Schliemann avaient envisagé pareille localisation. Plus près de nous, Paul Le Cour supposa une Atlantide rattachée à l’Hyperborée, mais centrée elle aussi sur l’archipel des Açores. Enfin, l’Autrichien Otto Muck développa une théorie plus complète qu’il exposa dans un premier livre dès 1954, lequel fut suivi d’un second, deux ans plus tard. Les hypothèses de Muck, qui viennent d’être rééditées en français, résistent toujours, dans l’ensemble, à l’analyse la plus critique, et nous nous en inspirerons donc largement pour la suite.

Avant de parler de localisation précise, nous pensons indispensable d’essayer de définir le plus exactement possible la géographie de l’Atlantide. Pour cela, il nous faut une nouvelle fois reprendre les textes de Platon. Une lecture attentive nous apprendra que, si les Atlantes étendaient au loin leur domination, l’Atlantide elle-même était constituée d’une seule île. Une plaine occupait la moitié environ de la superficie totale; le relief comportait aussi des « montagnes descendant jusqu’à la mer ». C’est sur une des montagnes de plus faible altitude que devait s’élever la « Cité Royale », primitivement demeure de Clito, l’épouse de Poséidon. Critias nous apprend encore que la plaine avait la forme d’un quadrilatère oblong, qu’elle mesurait en longueur 3000 stades et, dans sa largeur médiane, 2 000 stades. Compte tenu du fait que cette plaine représentait environ la moitié de la surface de Vile, et selon la valeur que l’on prend pour le stade, on arrive à une superficie totale variant entre moins de 250000 km’ et à peu près 430 000 km2. Muck admet 400 000 km2, ce qui lui permet de rester en accord avec le relief sous-marin de la région des Açores, dont nous allons reparler. Quant au climat. il était particulièrement agréable dans la région de plaine, « qui était, dans toute la longueur de l’île, exposée au midi et à l’abri des vents du nord ». Cette douceur nous fait évidemment penser à deux éléments climatiques importants : les alizés et le Gulf-Stream. La carte ci-contre, directement inspirée des travaux de Muck, représente l’île Atlantide, compte tenu des éléments de relief et de climat que nous venons de signaler. Nous y retrouvons la zone montagneuse, dont les plus importants sommets étaient, aux dires de Platon, les plus hauts du monde d’alors ; y figurent également la plaine oblongue et l’antique cité primitive. L’encadré nous montre l’emplacement de l’île : en plein Atlantique, devant les colonnes d’Hercule, et dans la région précise des Açores.

Un peu de géologie

L’archipel des Açores se rattache à une chaîne de montagnes sous-marines, la dorsale atlantique. Celle-ci, courant sans interruption des abords de l’Antarctique jusqu’à l’Islande, sépare l’océan en deux bassins,occidental et oriental. La carte présentée ici fait clairement apparaître cette épine dorsale du fond océanique. On remarque au premier coup d’oeil l’élargissement qui se manifeste dans la région des Açores. Cet élargissement dessine très naturellement la silhouette d’une formation engloutie. Mais nous en resterons au stade de la suggestion, car ce qui est dessiné sur la carte ne représente que le tracé de l’isobathe 2000, et non les contours précis de notre hypothétique île Atlantide. Cette formation sous-marine possède de nombreuses montagnes, dont quelques-unes sont tellement hautes qu’elles crèvent la surface de l’océan, formant ainsi l’archipel des Açores. La coupe présentée ci-dessous, et qui est faite à hauteur du 40 ème parallèle, montre bien, outre la dorsale atlantique et les deux bassins océaniques, le pic qui, s’élevant au-dessus de la surface de l’océan, forme la petite île de Corvo. Le plus haut sommet de cette formation — et donc de l’archipel des Açores — est le célèbre Pico, un volcan comme la plupart des montagnes de. cette région du monde. pico mountainActuellement, le Pico se dresse à 2 351 mètres au-dessus du niveau de l’océan. Une simple addition suffit pour se faire une idée de la hauteur que ce sommet atteindrait si le massif entier était émergé : c’est alors à plus de 6000 mètres que le Pico culminerait !

Donnons la parole à Otto Muck : « Laissons un instant libre cours à notre imagination. Et supposons qu’une circonstance imprévue provoque un soudain abaissement de 3 000 m des eaux de l’Atlantique Nord (…). Nous verrions en ce point, et là uniquement, émerger un puissant massif montagneux, de grande altitude, avec des pentes abruptes, en plein travers des flots du Gulf-Stream…  ».

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Nous n’étonnerons personne en précisant que la région des Açores est presque exclusivement constituée de roches volcaniques. Il s’agit d’une zone de fracture de l’écorce terrestre, et toute la région est encore riche en volcans actifs. En effet, et selon la théorie de Wegener, cette épine dorsale constitue bel et bien le point de séparation des deux plaques continentales, américaine et européenne. Nous ne reprendrons pas l’explication de cette théorie, qui est basée sur le principe de la dérive des continents, et qui est maintenant connue du grand public. Nous nous bornerons à signaler que les idées de Wegener connaissent à nouveau le succès. après une éclipse de plusieurs années (entre autres, Charles Hapgood avait parlé, dans son livre « Les mouvements de l’écorce terrestre » 12, du « caractère insurmontable (des) objections » faites à cette hypothèse). Sous sa nouvelle forme, la théorie — rebaptisée « expansion des fonds océaniques », ce qui décrit exactement le phénomène — suppose que les plaques continentales s’éloignent les unes des autres, perpendiculairement à une fracture initiale, poussées par les mouvements de convection du magma… Une autre particularité des fonds océaniques doit être soulignée, car elle constitue, au même titre que l’existence de la dorsale atlantique, un élément de base de la théorie atlantidienne que nous soutenons. Il est nécessaire de se souvenir que notre bonne vieille terre est formée de trois zones, que nous décrivons brièvement de la manière suivante :

1. Le sial, ou écorce, est une croûte solide, d’une épaisseur moyenne de 50 km. Il faut bien insister cependant sur le fait que cette croûte peut être beaucoup plus mince, voire nulle au fond des océans.

2. Le sima, ou manteau, est épais de 3 000 km environ l’idée si répandue qu’il s’agit d’un magma liquide de roches en fusion est contredite par certaines observations, qui permettraient de conclure, au contraire, à un manteau solide dans sa partie supérieure. 3. Le nifé, ou noyau, est épais de 3 300 km environ. Nous retiendrons donc que, contrai¬rement à la situation des continents, qui possèdent généralement une écorce épaisse, les fonds marins sont relativement peu solides.
Pour en revenir aux Açores, on note la présence, insolite en ces hauts-lieux de volcanisme, de dépôts calcaires en l’île de Santa-Maria. Et puisque nous parlons de volcanisme, profitons-en pour rappeler la découverte d’un certain bloc rocheux, qui fut et reste un des principaux arguments avancés par les partisans d’une submersion récente de la région des Açores. Ce fragment de rocher fut ramené à la surface, en 1898, lors de la réparation d’un câble sous-marin, sectionné par 2000 mètres de fond. Heureux hasard, bien exploité par Pierre Termier, qui fit l’analyse géologique du bloc rocheux. Celui-ci s’avéra être formé de tachylite, et sa structure prouva qu’elle n’avait pu s’être formée qu’à l’air libre. De plus, l’absence d’érosion des bords du bloc impliquait que le séjour dans l’eau n’avait pu être supérieur à 15.000 ans. L’argument paraît certes solide. Nous ne pouvons nous empêcher toutefois, nous faisant l’avocat du diable, de songer à cette petite île de Sabrina qui sortit brusquement de la mer en 1812, augmentant temporairement d’une unité l’archipel des Açores. Car, quelques semaines plus tard, elle disparut dans les flots. On peut dès lors imaginer qu’un phénomène analogue a pu se produire voici 10 000 ans par exemple. Et après quelque temps de vie « terrestre », le volcan nouveau-né se serait enfoncé dans la mer… Nous nous en voudrions de passer sous silence une autre constatation pertinente d’Otto Muck. Il remarque en effet que le relief de « l’île » sous-marine est encore bien accusé. Cela ne se peut, précise l’auteur, que si le séjour dans l’eau n’a pas été trop long (le raisonnement est le même que pour le morceau de tachylite évoqué ci-avant). De plus, souligne encore Muck, la submersion a dû être brutale : un enfoncement progressif aurait exposé le relief aux effets dévastateurs du ressac… ce qui n’est pas le cas, ainsi que nous venons de le constater.

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O; Muck – L’Atlantide, légendes et réalité, Plon 1982

Une dernière question se pose, à propos de laquelle Muck tente de peut-être descente brutale, mais non uniforme, la zone la plus gravement touchée se situant au sud des Açores. Là, la profondeur est actuellement de 7 300 mètres, et on y a trouvé des dépôts calcaires provenant de protozoaires (les globigérines) qui ne peuvent vivre à plus de 4 500 mètres de profondeur. Donc, conclut le chercheur autrichien, la chute fut au moins, à cet endroit qui est le plus profond actuellement, de 2 800 mètres. Pour provoquer une si grande et brutale chute, il a fallu qu’une quantité importante de magma soit évacuée très rapidement sous la plaque insulaire. Celle-ci ayant perdu son soutien, elle s’est abîmée complètement dans les flots. De plus, la poche créée par évacuation du sima a dû perturber l’équilibre des bords des plaques continentales européenne et américaine. Déséquilibrés, les deux continents n’ont alors pu que basculer autour de leur axe, les côtes atlantiques s’immergeant largement, les côtes opposées étant au contraire surélevées. Ainsi pourrait-on expliquer, par exemple, ce bizarre tracé du littoral préhistorique (déjà constaté par Von Humboldt), qui court en un mince ruban blanc, sur les falaises de la Cordillère, à une altitude comprise entre 2 500 et 3 000 mètres. Le mécanisme d’évacuation du magma est, lui, directement lié à la structure particulière du fond marin, dans la région des Açores. Il faut se rappeler en effet que nous nous trouvons exactement sur la ligne de fracture initiale entre les deux plaques américaine et européenne. Par définition, cette zone est fragile, et l’activité volcanique constatée le prouve plus qu’assez. Il a suffi d’une agression extérieure violente pour que les anciennes blessures soient à nouveau ouvertes. Le magma brûlant, projeté avec violence dans l’eau de mer, a rapidement vaporisé celle-ci, et le mélange de vapeur d’eau et de matière magmatique a été entraîné en altitude, provoquant ultérieurement, entre autres choses, des pluies… diluviennes. Ces pluies, déjà très importantes compte tenu du volume considérable d’eau de mer envoyée dans l’atmosphère — Kluck estime ce volume à 20 millions de km’ —, ont sans doute été encore augmentées par ce que les géologues appellent des « eaux juvéniles ». qui constituent environ 75 % des gaz volcaniques expulsés par les volcans.

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