Fulcanelli et le théâtre d’ombres

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« Les Demeures Philosophales parurent au mois d’octobre 1930 : j’étais moi-même auprès du Maître depuis 1915. Que dire de ce dernier ? que sais-je au juste, sinon que son savoir était immense !
Si en Héliopolis, je me trouve toujours et très sévèrement soumis, par le serment à l’ancestrale discipline du secret, combien, en revanche, de hauts personnages, libres et puissants, qui eussent pu parler, même confidentiellement, se turent, comme liés par un tacite accord! Il importe qu’on sache, en particulier, que Fulcanelli, dans sa jeunesse, était reçu par Chevreul, de Lesseps et Grasset d’Orvet : qu’il était l’ami de Berthelot et qu’il connut très bien Curie, son cadet de vingt années, ainsi que Jules Grévy et Paul Painlevé. »

Eugène Canseliet

Le premier volume (320 pages) est achevé et le second engagé pour une parution début décembre 2015, le tout représentant un total de plus de 600 pages sur la biographie de l’Adepte. Un troisième volume consacrée au dévoilement du sens de son œuvre est en cours pour février 2016 avec un glossaire inédit qui donnera les clés de son travail. Que dire à notre tour sinon que les deux vies s’entremêlent pour ne former qu’une seule et même trame, un canevas complexe dont nous n’avions jusqu’ici que l’envers qui ne laisse pas paraitre l’admirable dessin brodé en fil d’or sur l’avers !

Dans ce second ouvrage nous abordons l’entourage du Maître et ce que René Daumal aurait appelé « le Grand Jeu ». En effet, le mystère qui plane sur Fulcanelli est également celui qui enveloppe, à la façon d’un épais brouillard, toute la société française du XIXe siècle et des premières années du XXe. Le lecteur ne sera pas surpris d’apprendre que l’histoire officielle a grandement méjugé certaines grandes figures de cette époque, lesquelles ne furent pas uniquement de grands bourgeois engagés dans la course à l’argent, au pouvoir, à la reconnaissance sociale, et évoluant dans une société en pleine mutation industrielle. En outre, le mystère littéraire fulcanélien est indissociable des étrangetés qui se peuvent découvrir dans les oeuvres respectives de Raymond Roussel, d’Alfred Jarry, de Maurice Leblanc et de Gaston Leroux ou encore d’Anatole France et j’en passe … . N’en déplaise à ceux qui se sont appropriés la Culture avec un grand « c », il exista de tout temps une culture plus souterraine, doublant l’officielle et s’en moquant. La gouaille de François Villon, la pointe de Cyrano de Bergerac, les hennissements joyeux de Jonathan Swift (tous cités par Fulcanelli) ne sont que des variantes du rire hénaurme et sonore de Messire François Rabelais, au demeurant protégé de la famille d’Estissac, des broderies ou des bordures composées sur une trame unique, un CANEVAS. Nous sommes en présence d’une école qui traversa les siècles parce qu’elle prit la précaution de s’avancer masquée. C’est d’ailleurs ce que nous laisse entendre Fulcanelli dans un célèbre passage des Demeures Philosophales :

« Si l’on savait observer plus naïvement les effets que la nature manifeste autour de nous; si l’on se contentait de contrôler les résultats obtenus en utilisant les mêmes moyens; si l’on subordonnait au fait la recherche du mystère des causes, son explication par le vraisemblable, le possible et l’hypothétique, nombre de vérités seraient découvertes qui sont encore à rechercher. Défiez-vous donc de faire intervenir, en vos observations, ce que vous croyez connaitre car vous serez amenés à constater qu’il eût mieux valu n’avoir rien appris plutôt que d’avoir tout à désapprendre.
Ce sont là, peut-être des conseils superflus, parce qu’ils réclament, dans leur mise en pratique, l’application d’une volonté opiniâtre dont les médiocres sont incapables. Nous savons ce qu’il en coûte pour troquer les diplômes, les sceaux et les parchemins contre l’humble manteau du philosophe. Il nous a fallu vider, à vingt-quatre ans, ce calice au breuvage amer. Le coeur meurtri, honteux des erreurs de nos jeunes années, nous avons dû brûler livres et cahiers, confesser notre ignorance et, modeste néophyte, déchiffrer une autre science sur les bancs d’une autre école... » extrait du second volume : voir ici en cliquant sur ce lien

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