Dreamtime ou le temps du Rêve

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Vieille de plus de 50 000 ans, (les aborigènes ont pu croiser le « Néandertalien !) la culture aborigène est l’une des plus riches qui soit et sans doute la plus ancienne au monde. C’est aussi l’une des plus complexes puisque chaque tribu a développé sa propre culture (langue, loi, traditions, pratiques, mythologie) à partir d’un patrimoine culturel commun. Quand les premiers colons britanniques ont abordé les côtes australiennes à la fin du 18e siècle, la population aborigène était estimée à près d’un million. Un peuple pour le moins hétérogène puisqu’il comprenait plus de 500 tribus et autant de langues ou dialectes (Kija, Wirangu, Mbabaram, Bayali…). La notion d’aborigène est arrivée avec les colons et désigne les premiers australiens. Aujourd’hui, les Aborigènes d’Australie représentent environ 2% des 22 millions d’Australiens. Une trentaine de langues sont aujourd’hui parlées couramment.

Traditionnellement, les Aborigènes sont des chasseurs-cueilleurs nomades. Sans chef « politique » ou « militaire », les tribus aborigènes sont relativement égalitaires. Au sein de la communauté, c’est la division sexuelle du travail qui domine. Les hommes et les femmes n’effectuent pas les mêmes tâches et n’ont pas accès aux mêmes outils. Chacun à un travail bien défini pour subvenir aux besoins de la communauté. Alors que les hommes sont cantonnés à la chasse, les femmes s’occupent de la cueillette.
Les règles sociales des tribus sont définies à partir de la mythologie du « Temps du Rêve » ( « Dreamtime » en anglais). Pratiqué par des initiés seulement, le Temps du Rêve raconte comment le monde a été, façonné par des êtres mythiques. Il est aussi à l’origine de l’art aborigène.
Légué par ces esprits suprêmes, l’art incarne la mémoire de la création et sa continuité. De la musique à la peinture en passant par la danse, l’art aborigène est entièrement lié à sa mythologie fondatrice. Les danses mettent en scène les mythes fondateurs. La musique traditionnelle se prête aussi au jeu. Avec son timbre très grave, le didgeridoo accompagne les rites sur un rythme très lourd. Rupestre ou sur écorce, la peinture célèbre, elle aussi, le «Temps du Rêve ».

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Les aborigènes : pour renouer le contact avec la Terre, une source d’inspiration

Les Aborigènes restés nomades ou semi-nomades réussirent une adaptation « intellectuelle, technique et psychologique à leur environnement. Ils disposèrent de temps libre pour penser « la place de l’Homme au sein de la nature  et méditer sur l’existence en général. Leur évolution mit en jachère l’imaginaire positiviste pour solliciter, à l’extrême, l’intelligence sensorielle avec un impact sur l’« âme », sur l’imaginaire poétique, sur la réceptivité à ce que transmettent les autres formes de vie, animales, végétales ou minérales. Cette évolution aboutit à l’épanouissement de l’instinct, de la connaissance intuitive et à la maturation du psychisme, ici non pollué par les soucis matériels et baignant dans les ondes d’une nature vierge. La pensée humaine formée au contact de l’environnement originel, de l’héritage culturel sans contradiction avec des apports étrangers, d’un mode de vie que rien ne venait remettre en cause, enfantera des individus qui, suivant leur degré initiatique et leur génie, penseront avoir atteint la dimension qui « passe infiniment l’homme limité à son ego » et seront certains de savoir répondre à la question de Jung : « Qu’est-ce que le monde et qui suis-je ? »

Or,  c’est grâce au rôle donné au rêve dans leur société qu’ils étaient forts de cette certitude. Une civilisation ayant suivi un chemin à l’opposé du nôtre : à suivre dans notre ouvrage (voir plus bas)

Le temps du rêve Dreamtime

Le Temps du Rêve c’est d’abord le lieu d’un retournement, d’un entre deux  – Chiasme anthropique -où il ne fait ni chaud ni froid, où il fait bon, toujours, sans fin, un éternel printemps à l’origine de monde.

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Les Aborigènes d’Australie le connaissent bien, ce paradis des origines, car dès qu’ils le peuvent ils vont le retrouver en rêve. Et leur rêve se mélange aux rêves des premiers animaux-dieux, au tout début, au Temps du Rêve.

« Le Temps du Rêve aussi appelé le Rêve, est le thème central de la culture des aborigènes d’Australie. Le Temps du Rêve explique les origines de leur monde, de l’Australie et de ses habitants. 

À l ‘origine du monde, Baiame, le Premier Être, lui donna sa forme en la rêvant. Le Rêve c’est l’ère qui précède le temps, avant que la Terre ne soit créée, quand tout n’était que spirituel et immatériel. Mais le Temps du Rêve n’appartient pas au passé, ce monde magique existe toujours et peut être atteint par les guerriers pour leur progrès spirituel.

En passant par le Rêve, il est possible de communiquer avec les esprits, de déchiffrer le sens des présages, de guérir les maladies et autres infortunes. Dans la conception aborigène du monde, chaque événement laisse une trace sur terre et tout dans la nature découle des actions d’êtres métaphysiques qui créèrent le monde. La signification des lieux et des formations naturelles est liée à leur origine dans le temps du rêve. Certains endroits ont un pouvoir de rêve qui les rend sacré. »

Les géobiologues qui étudient les énergies cosmo-telluriques, désigneront ces lieux comme des chakras de la terre. Dans ces lieux sacrés, tout naturellement, s’ouvrent les portes de la perception. Et le sujet voit l’invisible.

Il entre dans l’autre monde, à ne pas confondre avec le paradis. Le monde du Rêve a ses pièges, aussi. Dans le Nagualisme, les guerriers parlent de lieux de pouvoirs. Toutes ces expressions désignent une même réalité. Ce sont des portes.

La nature est emplie de portes où le guerrier se téléporte sur l’autre versant de sa réalité. Devant ses pas s’ouvrent ça et là des brèches par lesquelles il rejoint le Rêve. C’est aussi simple que ça.

Des années sont nécessaires pour nettoyer les portes de la perception. Un beau jour, elles s’ouvriront devant le guerrier impeccable. Ça s’appelle Voir :   selon Castaneda, « voir » et « regarder » expriment deux façons distinctes de percevoir. Regarder concerne la manière ordinaire de percevoir le monde, tandis que voir évoque un processus complexe par lequel l’homme de connaissance perçoit l’essence des êtres et des choses. Les Aborigènes s’en servent tout

« Ainsi, les Noongar de la région de Perth croient que l’escarpement rocheux « Darling Scarp » est le corps d’un Wagyl, un être ophidien gigantesque du temps du Rêve, qui en serpentant dans le paysage a créé lacs et rivières. »

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Wagyl

Cet ophidien géant évoque d’autres géants, les dinosaures. Des légendes et des gravures disent que l’homme les aurait connus. Et de curieux artefacts fossilisés semblent accréditer cette hypothèse. Autre confirmation : à l’autre bout de la terre, les Yanomanis utilisent une drogue rituelle pour accéder au Temps du Rêve. C’est l’ayahuasca, connue dans toute l’Amérique latine. Dans les visions provoquées par l’ayahuasca, les images de dinosaures sont souvent présentes.

« La plupart des tribus aborigènes croient que toutes les formes de vies, plantes, animaux et humains, font partie d’un vaste et complexe ensemble d’interactions. Son origine remonte aux grands esprits des ancêtres de l’époque du Rêve. » 

Mais pas seulement. Le temps du Rêve, pour l’aborigène, n’est pas un monde clos et achevé. Il est en train de se faire, ici et maintenant. Mais les grandes lignes en sont tracées depuis l’origine. Le temps du Rêve est une autre façon d’être au monde. Dans cet autre monde qui est partout.

Le temps du rêve  peut se comprendre à partir des écrits de Castaneda sur cette façon particulière « d’être au monde ».  Nous pouvons occuper deux points de vue bien différents pour contempler la réalité. Il les appelle le tonal ou côté droit, et le nagual ou côté gauche.

Ces deux côtés de la personne et les deux hémisphères du cerveau correspondent, mais il faut inverser les termes, car au côté gauche de Castaneda correspond l’hémisphère droit du cerveau, et au côté droit correspond l’hémisphère gauche. Inversion qui n’a rien d’étonnant, puisque les hémisphères, eux aussi, sont inversés par rapport aux côtés du corps.

Cet autre monde où nous autres, les mutants de la modernité, n’allons plus guère, sauf un soir de cuite et par la mauvaise porte. Selon certaines versions, les esprits des ancêtres qui créèrent la Terre se retirèrent à mesure que le Rêve s’évanouissait, laissant la place aux hommes.

On notera que cette culture, la plus sensée de toutes, sait que ce sont nos ancêtres, et non des dieux, qui nous ont créés. Nos ancêtres étaient faits de pure lumière. Ils se sont effacés dès que nous nous sommes complètement matérialisés.

Le temps du Rêve, c’est le temps où les êtres de lumière vivaient parmi les hommes. Les épisodes du Rêve ont été transmis par la tradition orale et par des peintures rupestres.

Aujourd’hui encore, en suivant des yeux les peintures rupestres, et en se guidant du souvenir de ses chants rituels, un chamane aborigène peut « lire » la tradition pluri-millénaire du temps du Rêve. Puis il peut dérouler, au fil de la transe sacrée, les épisodes inédits qui sont la suite du Rêve éternel.

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