In Ictu Oculi, les sources

In ictu oculi est une locution latine signifiant « en un clin d’œil ». Son origine peut se trouver dans un passage de la Bible : « In momento, in ictu oculi, in novissima tuba » (1 Cor. 15:52), qui est lui-même traduit du grec ἐν ἀτόμῳ, ἐν ῥιπῇ ὀφθαλμοῦ, ἐν τῇ ἐσχάτῃ σάλπιγγι, que l’on traduit  par « en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette ».

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au centre de ce livre se trouve l’une des clefs pour comprendre les sources du Finis Gloriae Mundi

In ictu oculi est également le titre d’un tableau du peintre baroque espagnol Juan de Valdés Leal (1622-1690). Présentant une allégorie de la mort, cette œuvre réalisée vers 1671 est l’une des deux grandes (2,2 mètres de hauteur) vanités peintes par Valdés Leal pour l’hôpital de la Charité de Séville. Le personnage central est un squelette ; sur le sol se trouvent un cercueil ouvert et des symboles de richesse et de pouvoir. Le squelette éteint une chandelle, représentant la vie, au-dessus de laquelle figure le titre du tableau. Un volume des croquis de Rubens de l’arche de triomphe d’Anvers, honorant la visite du cardinal-infant Ferdinand, nouveau gouverneur, en 1634, constitue un symbole de désillusion politique. La seconde vanité de la paire s’intitule Finis Gloriae Mundi, « la fin de la gloire du monde », et dépeint un évêque mort et un chevalier.

Les sources du Finis Gloriae Mundi ( à venir dans l’opus no 3)

Au nombre de ces sources, il y a celles qui sont citées en premier lieu, à savoir l’œuvre iconographique du peintre sevillan Juan Valdes Leal. La seconde toile exposée à la Caridad, en pendant au Finis Gloriae Mundi est intitulée In Ictu Oculi (« En un clin d’œil »). Elle montre le squelette de la Mort, armé d’une faux et traînant un cercueil sous son bras, étouffant la flamme de la bougie, debout, triomphant des attributs de la gloire terrestre: globe terrestre, armure, épée, vêtements prestigieux, livres d’architecture, missels, couronnes d’or, et même crosse et mitre épiscopales.

In Ictu Oculi (In the Twinkling of an Eye), Juan de Valdés Leal

Ainsi, puisque la Mort peut nous entraîner « en un clin d’oeil », il est urgent  d’exercer la Charité ou Miséricorde. La deuxième  série de peintures de l’Eglise de la Charité de Séville indique, en effet, la voie du Salut à travers les sept oeuvres de Miséricorde, dont six sont des peintures de Murillo (1617-1682). Il est aussi question des œuvres de miséricorde dans les Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola. Vingt annotations précèdent les Exercices, propres à en faciliter l’intelligence, utiles à celui qui doit les donner comme à celui qui doit les recevoir. On lit à  la 18ème annotation :

«  Il faut adapter les exercices spirituels à la disposition des personnes qui veulent les faire, c’est-à-dire à leur âge, à leur science, à leur talent, et ne pas donner à celui qui est ignorant ou d’une complexion faible, des choses qu’il ne puisse pas supporter aisément, et dont il est incapable de profiter. On doit également consulter l’intention du retraitant, et, selon le désir qu’il aura de s’avancer dans le service de Dieu, lui donner ce qui est le plus convenable pour l’aider à obtenir le but qu’il se propose. Par conséquent, s’il ne veut que s’instruire de ses devoirs et parvenir à un certain degré de repos intérieur, on peut lui donner l’examen particulier, et ensuite l’examen général. Il consacrera en même temps une demi-heure le matin à la première manière de prier, sur les commandements et sur les péchés capitaux, etc. On lui recommandera aussi de se confesser tous les huit jours, et, s’il le peut, de recevoir le sacrement de l’Eucharistie tous les quinze jours, et mieux encore tous les huit jours, s’il en a la dévotion. Cette méthode convient surtout aux personnes simples et sans études. On leur expliquera tous les commandements de Dieu et de l’Église, les péchés capitaux, ce qui regarde les cinq sens corporels et les œuvres de miséricorde. »

L’origine des œuvres de miséricorde est d’abord la Bible, et Saint Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, énumère quatorze œuvres de Miséricorde, les divisant en sept corporelles et sept spirituelles.

Mais comme nous allons le voir la source d’inspiration de Juan Valdes Leal  ne puise pas que dans la vie exemplaire de Miguel de Manara, le fondateur de l’Hopital de Charité de Séville (la Caridad). En fait une autre source, française est bien présente et figure même au centre de ce troisième tableau moins commenté que les précédents. Cet auteur était bien connu de l’Adepte car son livre fut publié à Dijon en 1589, bien avant l’œuvre du peintre qui s’en est inspiré. Il n’était donc pas inconnu de l’érudit Fulcanelli, dijonnais lui même. Nous détaillons dans l’ouvrage les autres sources qui ont conduit la plume du Maitre et ses travaux de géophysique dans lesquels il avait développé sa théorie du globe terrestre.

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