de Golias aux Gouliards ou les origines perdues et retrouvées du Tarot

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Carmina Burana : les origines réelles du Tarot. Carmina Burana (latin : « Poèmes » ou « Chants de Beuern ») est le titre que le linguiste allemand Johann Andreas Schmeller a donné à un manuscrit découvert en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern et dont la première édition date de 1847. Il s’agit de la compilation, partiellement notée en neumes et rédigée entre 1225 et 1250, de chants profanes et religieux composés en latin médiéval — avec certaines parties en moyen haut-allemand et en franco-provençal — majoritairement par les goliards, des ecclésiastiques défroqués ou des étudiants vagabonds. Le manuscrit comporte des chansons d’amour, des chansons à boire et à danser ainsi que des pièces religieuses. On a retrouvé dans ces manuscrits les plus anciennes représentations du tarot ce qui contredit formellement toutes les thèses avancées jusqu’à présent sur son origine et accrédite en revanche mon hypothèse d’un art de grimoire élaboré à l’ombre des monastères (voir mon livre : le code perdu du Tarot)

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abbaye de Benediktbeuern

Qui sont les Gouliards (ou goliards) ?

Devant la dureté du clergé, ces étudiants en théologie du XIIIe siècle, toujours sur les routes, blasphèment en toutes saisons, animent les fêtes de village de leurs chansons à boire. Une attitude licencieuse qui irrite.

Référence au géant Goliath, à Golias, évêque imaginaire, saint patron des goinfres et des parasites ? Qu’importe. Ces étudiants en théologie du XIIIe siècle tracent la route, troussent le jupon, lèvent le coude. Aventures galantes et franches lippées. Selon l’un d’eux, ils étudient « les arts libéraux à Paris, le droit à Orléans, la médecine à Salerne, la magie à Tolède et les bonnes manières nulle part ». Ils ont fait du Quartier latin leur fief, entonné dans les tavernes des couplets paillards puis, faute d’emploi, de rente ou par goût de la liberté, sont devenus pérégrins.

En 1893, le médiéviste Joseph Bédier les voyait comme « une franc-maçonnerie obscure et puissante », « une manière d’Internationale » ayant rayonné en Italie et en Allemagne. Mauvais sujets mais, par leur verbe, compléments récréatifs aux fêtes de village, aux banquets des bourgeois, aux festins des nobles. C’est qu’ils ont faim et de l’esprit. Leurs hôtes, ils les rétribuent par des fabliaux ou des chansons à boire. Dans les églises, même chose : ils se conduisent en garnements, mangent du boudin sous les vitraux, jouent aux dés sur les autels.

Partout ces poètes de grand chemin raillent la corruption du clergé, l’avarice des pontifes, les autorités ecclésiastiques qui ont condamné Abélard. Enfants gâtés ? Dans une époque qu’on ne se représente qu’en eau-forte, un Moyen Age fuligineux en proie aux superstitions, ils apparaissent comme des traits de lumière. Les goliards n’ont d’autre occupation que de faire rire, d’autre ambition…

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les gouliards

Les Gouliards (Goliards), fils de GOULIA ou de GOLIAS, étaient apparus dès le XIIe siècle. Ces étudiants turbulents forts en gueule ou portés sur la gueule, pauvres, erraient d’université en université, en vantant les mérites de l’amour et du vin. Le concile dAquisgraux, au IXe siècle, sous le règne de Louis le Pieux, ordonnait aux dignitaires de l’Église de ne pas admettre parmi eux les clercs qui, abandonnant leur cloître, devenaient « agi et lascivi, gulae et ebrietati et caeteris suis voluptatibus dediti, quidquid sibi libitum est licitum faciant. »

En effet l’écrivain Grasset d’Orcet suppute que :

Charlemagne, en concentrant dans les cloîtres tout ce qui restait de traditions scientifiques, littéraires et artistiques, se trouvait en avoir fait en même temps des foyers de paganisme.

Les conciles de Trèves (1227) et de Rouen (1241) fulminent de nouveau contre l’inconduite de clercs ribauds, surtout ceux qu’on dit de la famille de Golias. Cependant, ces clercs ribauds sont bien acceptés, et, au milieu du XVe siècle encore, un docteur en théologie d’Auxerre, Gerson, défend l’ordonnance de la messe des fous en ces termes :

« Les tonneaux de vin exploseraient si de temps en temps on n’enlevait pas la bonde pour que l’air accumulé puisse s’en échapper. Or donc, nous aussi sommes de vieux tonneaux, par surcroît mal cerclés le vin de la sagesse nous ferait éclater si nous le conservions sans cesse uniquement pour le service de Dieu. Aussi certains jours nous l’aérons, nous nous laissons aller au plaisir le plus exubérant, aux folies, pour ensuite nous en retourner avec un zèle d’autant plus grand à l’étude et aux exercices de la sainte religion. »

On retrouve différents exemples de messes de joueurs, de buveurs, de ripailleurs, (missae lusorum, missae potatorum, missae gulatorum) dans les manuscrits médiévaux de Ratisbonne, Halbertstad, Londres, à la Bibliothèque vaticane, etc., ainsi que, bien évidemment, dans le manuscrit, qui dans le cadre de la sécularisation des couvents de Bavière, parvint, en 1803, à la Bibliothèque centrale royale de la cour, à Munich. Le premier éditeur de ces manuscrits, le bibliothécaire J.-A. Schmeller, leur donna le nom de Carmina Burana (Poèmes de Benediktbeuren) parce que c’est dans ce monastère que le manuscrit fut rédigé. Ce manuscrit, composé avant le milieu du XIIIe siècle, constitue une imposante collection de pièces, entre autres des manuscrits de Saint-Martial de Limoges du début du XIIème siècle.

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