Les Imakhous d’Abydos

Initié tenant dans sa main la couronne du justifié (Carte 21 du Tarot)

Dans l’Égypte antique il y avait deux grands centres d’initiation : Abydos et Bousiris, ce dernier centre étant situé dans le delta du Nil. L’initiation était donnée dans un « Osireion » aménagé à cet effet.

Bassins figurant la traversée du lac …

Un «Osireion» est un tombeau d’Osiris, et il exprime, selon Plutarque, la même idée symbolique que le temple : «Le mythe, dit-il, est l’image d’une certaine vérité qui réfléchit une même pensée dans les milieux différents », dans les rites (la passion d’Osiris) les dispositions architecturales des temples dont les diverses parties tantôt se développent en ailes, en libres esplanades exposées au grand jour, tantôt se cachent sous terre, s’étendant dans les ténèbres et présentent une suite de salles où l’on habille les dieux, rappelant à la fois des cases et des tombeaux. C’est aussi ce que  manifeste avec non moins d’évidence la réputation des tombeaux d’Osiris, les Osireia, car on dit que son corps est enseveli en plusieurs endroits. Dans les nombreux tombeaux d’Osiris il est permis de voir des lieux d’initiation au culte d’Osiris où son tombeau est considéré comme un lieu tout indiqué pour les initiations à son culte et au mystère de sa passion.

Les rites initiatiques égyptiens sont très complexes et dépassent de loin les aimables fantaisies pratiquées en loge sous le nom de Rite de Memphis ! Imakhou désigne la condition d’initié sachant que l’initiation pouvait s’étaler sur de nombreuses années (plus de 50 ans pour les derniers degrés). L’initiation commence par les mondes souterrains avant d’emprunter un long couloir de plus de 100 mètres le long duquel l’aspirant à la lumière reçoit l’enseignement des images qui vont imprégner tout son être, images imaginales ou subliminales parfois aux pouvoirs hiératiques, puis plonger dans des bains rituels avant de parvenir à la terrasse et de grimper un long escalier le menant à une terrasse située sous le pyramidion. L’Imakhou soit l’initié parfait pouvait à la suite des épreuves se vanter d’être un iahou parfait qui connait les formules et toute la magie…  En réalité le rite initiatique consistait en une Osirification du postulant selon trois étapes : initiation isiaque, osirification puis époptat horuenne … L’Imakhou pouvait arborer à son pagne la queue symbole de la « Nouvelle peau » (voir mon ouvrage) et le diadème aux cobras, il était censé avoir atteint aux « champs Élysées ». Imakhou se disait précédé du nom de dieu auquel il était subordonné.

Abydos : centre initiatique

La momie d’Anhi repose au sommet de l’île primordiale, le Shmoun-Khemanou. Elle figure au fond d’une salle ayant deux rangées de uatre colonnes. Fond bleu et l’île est blanche (arcane 17) Papyrus Anhai Vignette

Le culte d’Osiris s’établit à Abydos au commencement des premières dynasties. Mais qui dit culte d’Osiris dit «Mystères» d’Osiris, son culte secret dans les temples. Aux Mystères s’associe l’Initiation, tout comme au feu s’associe la chaleur. A cette même époque furent établies les Initiations à Abydos.

Et Abydos fut depuis lors la ville sainte d’Osiris, fameuse par ses Mystères et ses Initiations. Par les «choses» : «J’ai établi les choses dans Abydos»  – la «nuit du grand Mystère… sur la rive nord d’Abydos… » Isis «se lamenta à Abydos» …et par les Initiations : «… la pesée de tes intentions se fait dans la localité d’Abydos par les exécuteurs en vertu des livres».

Une partie d’Abydos s’appelait Tosher, «la terre sainte, terre de préparation», et ce nom avait dû lui être attribué à cause du temple et du tombeau-cénotaphe d’Osiris, lieux destinés aux Initiations et aux Mystères. Abydos terrestre correspondait à une Abydos-au céleste.

Par tradition, le temple égyptien est, bien souvent, basé sur la division tripartite, avec un seul adyton. Le temple de Séthi comprend sept adyta, sept chapelles, avec une entrée spéciale pour chacune d’elles, dédiée au roi Séthi déifié, à Phtah, à Rê-Harakhtis, à Amon-Rê, à Osiris, à Isis et à Horus.

Mais le caractère osirien du temple est indiqué par le fait que, en dehors des chapelles précitées dédiées à la triade osirienne, tout un appartement très important lui est spécialement consacré.

Par la chapelle d’Osiris, on pénètre donc dans la partie la plus secrète du temple. Par cette entrée unique, presque dissimulée, et confiée à la sainteté d’un premier adyton, on pénètre dans le premier hall d’Osiris, une salle hypostyle dont le plafond, d’une longueur de 21m. sur 10m. de largeur, est soutenu par 10 colonnes. Au Nord de ce hall hypostyle sont trois chapelles consacrées à Osiris, à Isis et à Horus. Au Sud, un second hall d’Osiris dont le plafond est soutenu par 4 colonnes, et trois autres salles, complètent cet important appartement intime, soigneusement dissimulé, s’étendant sur toute la largeur du temple, environ 52 mètres; caché à son extrémité Ouest, il est dans le voisinage immédiat du cénotaphe que nous avons présenté au précédent paragraphe. La plupart des scènes et des inscriptions que nous trouvons dans les temples sont inspirées par la coutume; les sujets sont plutôt religieux, liturgiques : listes d’offrandes et autres, mais aussi politiques et historiques. Dans le temple de Séthi, la plupart des scènes et des inscriptions se réfèrent à la légende d’Osiris; le roi, en tant qu’Osiris, y est associé, et les six chapelles de la résidence d’Osiris sont décorées de tableaux relatifs à son mythe. «Il est bien vraisemblable qu’un «chemin processionnel» devait conduire à travers ces salles dont les scènes décoratives représentaient les « Mystères d’Osiris».

Le temple d’Abydos, à le considérer dans le cadre des principes théologiques est dédié à six divinités et à un homme, un parfait initié-roi, logé et adoré parmi les dieux suprêmes de l’Égypte, un homme déifié, modèle de tout initié. Les six autres divinités, Phtah, Rê, Harmakhtis, Amon-Rê, Osiris, Isis et Horus, se partagent en deux groupes distincts. D’un côté les grands dieux créateurs, Phtah, Amon – Rê, de l’autre côté les dieux de la mort, Seigneurs des morts, de la destinée de l’âme, de la vie future, de la rédemption.

D’autre part, ce temple, étudié du point de vue théologique et eschatologique, se présente comme un temple-séminaire où on prêche les trois doctrines importantes, la doctrine memphite, la doctrine héliopolitaine et thébaine et la doctrine osirienne ou abydienne. Le culte des sept divinités se célébrait d’après un rituel identique

Le temple d’Abydos n’est pas fameux uniquement pour ses «Mystères», les scènes et les inscriptions de ses parois, qui, comme dans tous les temples, sont presque toujours allégoriques et énigmatiques, sont des «Livres» faits pour être étudiés, expliqués et commentés par les initiés et les prêtres, vignettes immenses, complétant les rouleaux de papyrus de la bibliothèque du temple, enseignant l’art sacerdotal. Le rituel du culte divin est gravé sur les murs des sept chapelles qui portent la dédicace caractéristique de «Saint de Saints. Ceci dénote le caractère secret de l’éducation sacerdotale et liturgique confiée à l’adyton inaccessible.

Plan complet du Temple Sethi 1 avec ses trois parties et nous décrivons les modalités de l’initiation reçue dans chacune des salles

La décoration de la chapelle du roi se réfère aux fêtes solennelles du culte royal.. Dans les six autres chapelles, un même ensemble de trente-six tableaux se rapporte aux cérémonies que le roi, en tant que grand prêtre, devait célébrer successivement dans ces chapelles; en les parcourant, il récitait devant les trente-six tableaux et devant les statues des dieux, le texte de l’un des trente-six chapitres gravés également sur les murs accompagnant les tableaux. Ce même rituel se retrouve sur le papyrus No 3055 de Berlin de la fin de l’époque thébaine. Ce sont ces tableaux que l’on retrouvera dissimulés dans le tarot plus de cinq millénaires après !

Dans son livre (Mystères) A. Moret s’y arrête pour nous signaler que tous les temples de toutes les époques possédaient des décorations semblables, plus ou moins complètes, pour la célébration du culte et l’éducation des prêtres, car les prêtres étaient les seuls à pouvoir dispenser l’initiation. (à suivre dans le livre)

Voir ici

 

à suivre…

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