La quête de l’Or blanc : Faïencerie et Porcelaine, de Sèvres à Winterthur

Le comte de St Germain (1691 – 1784), il était un intime de Louis XV et s’adonnait à diverses préoccupations d son rang comme celle de « nettoyer » les cristaux et autres pierres précieuses.

Longtemps l’Alchimie n’a été considérée que sous l’angle démiurgique du forgeron vulcanique mais il est un autre aspect de l’alchimie tout aussi aussi important : le travailleur de la tourbe, le potier de Dieu. De Piccolpasso à Fulcanelli en passant par le comte de Saint Germain qui aida Nicolas-Christiern de Ty de Milly dans la mise en place de la manufacture de Sèvres, ils furent nombreux dans cette quête de l’Or blanc soit au travers de l’art de la faïence soit dans son accomplissement suprême, celui de la porcelaine.

Des carreaux de faïence du four de Winterthur à la vaisselle de porcelaine : l’intervention des alchimistes.

Fulcanelli cite à deux reprises le fameux « Poêle ou four » de Winterthur. La première fois c’est à propos de « l’échénéis » du Cosmopolite en qui il voit le dauphin royal ou le pilote de l’onde, le même qui accompagne le navire chargé de la fontaine du Vertbois (à l’angle du CNAM où il passait chaque jour pour y donner ses cours de physique !)  « l’échénéis, c’est le pilote d e l’onde vive, notre mercure, l’ami fidèle de l’alchimiste, celui qui doit absorber le feu secret, l’énergie ignée de la Salamandre … » In Demeure philosophale 2. Puis une seconde fois plus loin à propos du plafond de l’Hôtel Lallemant cette fois en référence avec le symbole de la ruche. Fait intéressant et inaccoutumé est l’expression employée « nous l’avons vue parmi les panneaux du poêle .. » tendant à accroire l’idée qu’il s’est rendu lui même sur place voir le fameux poêle ce qui n’est pas à exclure de par ses origines franc-comtoises très liées au milieu jurassien des deux côtés de la frontière et surtout à son disciple dont nous dirons un mot dans l’ouvrage en question. On découvrira également combien l’Adepte était lui même un grand connaisseur des fours et il n’est pas impossible d’imaginer qu’il du se rendre à l’étranger pour en discuter avec ses collègues suisses. Un autre lien avec la Suisse jamais révélé existe également dans la personnalité de ses propriétaires .. Nous y reviendrons.

Concernant le poêle de Wintertür, il faut savoir que sa décora­tion, assortie de commentaires, fut publiée au sein d’un ouvrage, imprimé à Zurich en 1896. L’ouvrage en question; intitulé « Esquis­ses du Tout Universel » fut signé d’un pseudonyme : Jacob. Ce pseudonyme masquait Jean-Jacques Bourcart, ancien industriel, philanthrope, issu d’une famille alsacienne donc non loin du lieu du poèle. Bourcart s’était vu reti­ré la direction de l’entreprise familiale après avoir voulu la livrer à l’autogestion des salariés. Une seconde édition de l’Esquis­se du Tout Universel bénéficia d’une préface du docteur Gérard Encausse, dit Papus. Au sein de ladite préface, Papus, avance que, lors de la précédente édition, l’auteur (Jacob) avait signé sa préface H.D. Il s’agit d’une confusion, le préfacier n’étant pas l’auteur du livre. Les initiales H.D sont celles de Henri Dunant (né à Genève) et fondateur de la Croix Rouge, organisme dont le symbole évoque fortement les ordres hospitaliers et l’Ordre du Temple. Or Jean Jacques Bourcart était le secrétaire de Henri Dunant ! Ce fut Bourcart qui aida Papus à financer son journal « l’Initiation ».  Bourcart était passionné de spiritisme et d’hermétisme.

Certaines remarques s’imposent :

Le poêle est attribué à H.H.Pfau. Fulcanelli écrit P.H. Pfau, et P.F. Pfau (dans les Demeures…) – Bourcart commentant le sens hermétique du poêle use de la formule « savoir, pouvoir, oser, se taire » sur laquelle s’achève le Mys­tère des Cathédrales.

Enfin, commentant le 10e médaillon ornant le poêle, Bourcart écrit:  » Un homme pêche à la ligne et tire d’un étang un beau poisson« .

Fulcanelli (dans le Mystère) : « …on voit un pêcheur à la ligne sortant de l’eau un beau poisson… » Il semblerait que Fulcanelli connaissait fort bien le travail de Bourcart…voire Bourcart en personne et qu’il s’est rendu en personne sur place ce qui corroborerait fortement nos hypothèses concernant l’impor­tance de la suisse et de Zurich, à la fois pour son travail d’adepte et de scientifique également.

Aux origines de la porcelaine en Europe : des essais infructueux

Dans l’impossibilité d’avoir accès aux secrets de la porcelaine chinoise jalousement gardée, les essais occidentaux de la porcelaine commencent en un premier temps par la fabrication de la porcelaine dite tendre qui se raie à l’acier. Elle est faite avec une pâte imitée, comportant marne, sables, soude, nitre, le tout verni, coloré par des oxydes métalliques, parfois embelli de poudre d’or. La porcelaine tendre, qui imite la transparence de la « vraie » porcelaine dure, est un pur produit de la recherche chimique. Pour compliquer les choses, il y a plusieurs sortes de porcelaines tendres, une « française » sans kaolin et une « anglaise » hybride faite de kaolin, de cendre d’os et de cornish stone.

Du coup, la porcelaine tendre provoque à son tour un jeu de découvertes, recettes volées et perdues, etc.. D’où secrets en cascades : tel fut le cas de la porcelaine dites des Médicis, une porcelaine tendre hybride, réalisée dans le dernier quart du XVIe siècle. Cette réussite fut sans lendemain : le secret découvert se perdit avec la mort de ses inventeurs. Même phénomène avec un premier découvreur français : une formule trouvée par la dynastie des Poterat de Rouen capables de produire de la porcelaine tendre sans kaolin à la fin du XVIIe siècle disparaît avec eux, pour réapparaître un siècle plus tard chez des concurrents de Saint-Cloud. Elle est reprise en 1725 par une fabrique de Chantilly protégée par le prince de Condé, etc.. Globalement le noyau dur du secret chinois de la porcelaine inventé au premier siècle, et recherché dès la Renaissance italienne, résiste jusqu’au XVIIIe siècle.

1704 marque une date importante, celle de la formule de l’Or blanc.

À cette époque, l’électeur de Saxe, Auguste II le Fort est à la recherche de la formule de la porcelaine : la folie de la collection est à son comble. On parle d’amateurs qui possèdent jusqu’à 60.000 pièces. Il y a un filon à exploiter pour qui saura imiter les productions de Chine et du Japon. Le comte de Tschirnhausen qui se pique de science est chargé de cette mission. Il installe un laboratoire à la forteresse de Kœnigstein. Or il y a justement dans une geôle, un alchimiste du nom de Johann Friedrich Böttger. L’électeur le garde en sûreté et veut l’obliger à fabriquer la pierre philosophale. Böttger et Tchirnhaus se parlent, le premier donne quelques conseils de chimie au second. Bientôt l’alchimiste est affecté entièrement à la quête de la porcelaine. Il obtient un premier résultat, un grès rouge céramique, matière très dure et plutôt opaque : c’est plus qu’encourageant. Du coup, l’électeur fait transférer son prisonnier à la forteresse d’Alberstein près de Dresde qui deviendra la première manufacture européenne de porcelaine. Au front de la fabrique est écrite une devise qui se passe de commentaires « secret jusqu’au tombeau ».

Böttger travaille conjointement à la quête de l’or et à celle de la porcelaine, assisté dans la seconde tâche par Tchirnhaus qui meurt en 1708. Il a accompli sa mission, et a pu établir une première fabrique en Saxe à Meissen; de surcroît, la découverte d’un filon de kaolin près d’Aue contribue à la réussite. L’année après la perte de son ami et assistant, Böttger réussit à produire de la porcelaine blanche encore assez grossière. La chronique rapporte que malgré sa condition de prisonnier et son statut d’alchimiste, gens généralement sévères, et en dépit la pénibilité du travail qui demandait parfois des jours de veille, Böttger riait sans cesse et amusait les ouvriers de ses plaisanteries.
Après sa mort en 1719, la manufacture poursuit son œuvre déjà fort avancée ajoute du feldspath à la pâte ce qui en améliore le fondant et on parvient bientôt à produire de la porcelaine bleue sous couverte. Les recettes sont diffusées grâce aux arcanistes qui parcourent l’Europe. En Allemagne, on nomme arcanistes les chercheurs du secret de la porcelaine, du mot arcane qui désigne une opération occulte et mystérieuse. L’arcanum c’est-à-dire la composition de la pâte est le secret par excellence de ces hommes. Les arcanistes maîtrisent les techniques des couleurs, celles de l’élaboration de la pâte à porcelaine et de sa couverte, de la fabrication des étuis protecteurs en terre réfractaire, et de la conduite des cuissons de grand et petit feu.

Ils se conduisent parfois comme de véritables mercenaires, volant une formule ici, la revendant là. Ainsi, un arcaniste de Meissen, Stölzel, dévoyé par un doreur sur porcelaine du nom de Hunger, s’enfuit avec la composition de la pâte. À Vienne le tandem Stölzel Hunger tente de faire fonctionner une manufacture avec du kaolin de contrebande illégalement importé d’Aue. Ils échouent, détruisent leur four et se séparent. Hunger se fait prendre, subit une peine de prison pour la destruction du four, et, une fois libéré court tenter sa chance à Venise. De son côté, Stölzel se retrouve à Iéna où il s’associe à un chercheur du nom de Höroldt. Stölzel ne doutant de rien, retourne vers l’électorat de Saxe et propose ses services et ceux de son nouvel ami pour développer des formules inédites. Après une discussion avec le prince qui lui vaut un œil poché, Stölzel retrouve sa place et la manufacture de Meissen continue à se développer. Après la guerre de Sept Ans, Frédéric II pille la fabrique qu’il fait affermer à un de ses sujets : les prussiens achètent des ouvriers ou les contraignent à venir travailler à Berlin. Ailleurs on cite le cas d’un certain Cingler qui acquiert l’arcanum à Vienne, part, vend sa formule en Bavière et au Wurtenberg moyennant cent ducas versés par le prince Karl Eugen. D’autres arcanistes sont attirés par la France. Ils circulent, se vendent et les formules de pâte avec eux. Tout au cours du siècle les manufactures apparaissent en Allemagne, en Suisse, dans le pays nordiques, en Russie.
L’enjeu industriel est énorme. C’est ce qu’a compris la France. En 1740, le contrôleur des finances Orry installe des ateliers au château de Chantilly pour y faire travailler C.H. Guérin, qui possède le secret d’une pâte tendre totalement blanche. Peu de temps après, une société par actions encouragée par Louis XV fabrique de la porcelaine « à la façon de Saxe ». Plus tard, la fabrique, protégée par le roi et par la Pompadour sera transférée à Sèvres avec l’assistance du comte de St-Germain et y deviendra la fameuse manufacture dont le roi sera le principal actionnaire.

Manufacture de Sèvres

Là aussi, le travail est placé sous le signe de la recherche et du secret. En 1748, on achète à un chercheur bénédictin, frère Hippolyte de Saint-Martin-des-Champs son secret pour l’application de l’or sur fonds blanc. En 1751, sur ordre du roi, l’académicien Jean Hellot consigne les formules de la fabrique, couleurs et émaux dans un registre fermé à clef. Reste encore aux Français à fabriquer de la porcelaine dure et pour cela, plus personne ne l’ignore, il faut du kaolin. De véritables expéditions parcourent les carrières. En 1769, les Français atteignent leur but : la carrière de Saint-Yriex en Limousin est choisie pour fournir le kaolin. La Manufacture de Sèvres est en mesure de produire pâte dure et pâte tendre. Un vieux rêve d’exotisme disparaît dans un monde voué à la production de masse.

On distingue nettement les catelles (Kachel) ou carreaux de céramique vernissé, ce genre de poêle est appelé « poêle à catelles » et dessine un parcours alchimique formant récit. Mais pourquoi là et par qui ? c’est ce que nous délivrons dans notre ouvrage.

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