Archives pour la catégorie Lanternois

La justice : sources papales et épiscopales du Tarot

La justice de Biagio d’Antonio Tucci Peintre italien (Florence 1476 – documenté jusqu’en 1508). On sait que Biagio d’Antonio travailla par intermittence à Faenza de 1476 à 1504. Son style, influencé par Verrocchio, assimile le langage plus simple de Ghirlandaio. En 1481-82, il collabore aux fresques de Cosimo Rosselli de la chapelle Sixtine. Plusieurs panneaux ou retables sont conservés à la pin., de Faenza ; parmi ses autres œuvres, fort nombreuses, on peut citer des  » cassoni  » à sujets mythologiques (Paris, musée des Arts décoratifs), des Madones et des retables (Madone et cinq saints, musée de Budapest ; Nativité de San Michele de Faenza, 1476, Tulsa, Museum ; Chemin du Calvaire, Louvre). Les œuvres de l’artiste furent longtemps classées sous le nom d’Andrea ou de Giovanni Battista Utili, peintres de Faenza.

Le tableau est conservé  au Musée des Offices de Florence. Attribué au peintre florentin Biagio d’Antonio, il représente une Justice qui se rattache à la fois à la Justice d’Esztergom (Palis archi-épiscopal près de Budapest en Hongrie) et à celle du tarot de Marseille. Certaines correspondances sont communes aux trois images, tandis que d’autres sont partagées par seulement deux d’entre elles. Les trois Justices ont la même position frontale, tiennent une épée dans la main droite, dressée verticalement pointe en haut, à double tranchant, et dont la lame est partagée en deux moitiés par un filet qui se divise à l’approche de la garde. De même, toutes trois portent dans la main gauche une balance à fléau dont les plateaux en forme de bols sont suspendus par trois fils. Toutes trois portent des vêtements semblables : une robe à col rond, bordé d’un galon ; une ceinture haute, qui marque bien la taille ; un ample manteau aux manches larges dont le drapé couvre les jambes. Toutes trois ont aussi la chevelure qui cascade en boucles le long des tempes et sur les épaules. En revanche, certains détails ne sont communs qu’au tableau de Biagio et à la carte de tarot : ainsi le pommeau de l’épée en forme de boule partagée en quartiers, posé précisément sur le sommet du genou droit et les formes rondes aux extrémités du fléau. Sur la justice du tombeau de François II à Nantes, le pommeau livre son ultime secret, à savoir le cercle solaire en éruption.

JUSTICE POMMEAU

La Tiare diadème est inspirée directement de la fresque visible de la basilique Saint-Vital à Ravenne mais également à Constantinople (basilique Sainte Sophie), il s’agit de l’impératrice Théodora et nous en donnons l’explication dans notre livre qui décode l’ensemble des sources du Tarot et sa filière menant d’Égypte à Byzance puis sa transmission dans l’empire carolingien.

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Christine de Pizan inspiratrice du Tarot

Coiffe à cornes du Moyen Age pour les dames de rang : Christine de Pizan et la Papesse

Christine de Pizan célèbre de son temps comme femme de savoir a servi de modèle et a inspiré les tarotiers : comment et pourquoi c’est ce que nous révélons dans notre ouvrage.  Elle est immortalisée dans la carte « La Papesse » tenant son livre ouvert sur les genoux : mais que n’a t’on pas dit comme bêtises à propos de cette carte alors qu’il suffit de lire le Tarot avec le regard qu’il convient. Sa coiffe à cornes en voile blanc retombant sur les épaules se retrouve exactement dans la papesse  !  Son érudition comme sa renommée sont immense. C’est côté  Français,  la première mention indiscutable de la fabrication d’une série de cartes à jouer avec l’entrée de Charles Poupart, argentier de la maison du Roi Charles VI de France, dans son livre de comptes pour l’année à commencer le 1er février 1392.

La commande royale s’inscrit comme suit dans le livre de l’argentier du Roi: « Donné à Jacquemin Gringonneur, peintre, pour trois jeux de cartes, à or et à diverses couleurs, ornés de plusieurs devises, pour porter devers le Seigneur Roi, pour son esbattement (plaisir), LVI (cinquante-six) sols parisis. » – Source: Registre de la chambre des comptes.

L’artiste, un miniaturiste, livra marchandise en trois volets: soit en 1390, 1392 et 1393. Ce qui dit-on apporta un grand divertissement au Roi. Le jeu, bien qu’étant encore un jeu de tarots, était doté d’une innovation de taille: car l’on y introduisit les Reines en remplacement des Cavaliers. C’est une première, en cette ère chevaleresque du début de la Renaissance, où l’amour courtois s’affiche. À ce jour, on n’en a retrouvé aucun exemplaire.

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Art du Grimoire et Tarot

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des imagiers aux angéliques (AGLA), les sociétés secrètes qui sont à l’origine du Tarot

Grimoire provient du grec gramma signifiant écriture.  Pour comprendre le tarot il faut d’abord se retirer de la tête qu’il s’agisse d’un jeu dédié à la mancie (divination) mais d’abord et avant d’un outil lié à l’imaginal (je reviendrais dessus) et à la prophétie (ce qui est différent de la divination qui ne se préoccupe que du sort d’un individu. C’est l’époque aussi de Nostradamus et des Kabbalistes. Il convient pour en comprendre les ressorts de ce rapporter à celui qui a le mieux déchiffré les codes secrets du grimoire avant qu’il ne se perde définitivement à la Révolution française pour être remplacé par des approches symboliques, ce qui est tout à fait autre chose. Si l’on est bine pénétré des ces quelques clés on peut alors progresser dans la compréhension de cette cabale solaire, le plus vieil alphabet hiéroglyphique occidental. Les sources du Tarot sont à la confluence de deux mouvements, l’un à Florence autour de l’Académie florentine de Cosmes de Médicis (courant hermétique) et l’autre en Allemagne avec la diffusion des livres rosicruciens centrés sur la figure légendaire de Christian Rosenkreutz telle qu’elle apparait dans les Noces Chymiques.

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Fontainebleau et Chambord : deux grimoires cabalistique

francois 1erPour le grand historien d’art, André Chastel, rejoint en cela par nombre de ses collègues, des Panovsky à Charles Terrasse et à Sylvie Beguin, la Grande Galerie de Fontainebleau est « un décor chiffré » et même un « roman à clefs », qui n’a pas encore livré toutes ses secrets. Un siècle après son achèvement, le Père Dan avait, certes, donné une première interprétation, liée aux exploits de François ler. Mais, à partir des années 1970 et de la redécouverte de l’Ecole de Fontainebleau, on s’interroge sur la symétrie complexe de l’arrangement des panneaux et sur le contenu du programme iconographique. Luisia Capodieci, historienne d’art a évoqué une dimension de lecture moins connue, celle qui prend en compte le culte européen des symboles et de l’occultisme, omniprésent à l’époque, notamment à Florence, où Rosso s’est formé.

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Cabale Solaire, impressions d’Afrique etc…

Pour un pauvre O d’aphone éclos sur une ardoise

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Pourquoi consacrer une trilogie à Fulcanelli ?

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Fulcanelli et l’argot ou art des gots ou gaie science (3)

La Flagellation de l’ALLELUIA

Fulcanelli Hotel Lallemant caisson 12 jet d'urine dans le sabot

En complément à nos articles précédents :

Fulcanelli décrit ce caisson : »Voici, – quel singulier motif pour une chapelle – un jeune enfant urinant à plein jet dans son sabot. »

Cet ange est une fillette qui, ouvrant sa chemise de nuit jusqu’à la taille, urine debout vers un sabot placé devant elle, se mouillant la jambe droite. Les manches sont retroussées. Un bonnet de nuit couvre la tête. Le sabot a une taille pour adulte, plus grand que les pieds de la fillette. Il est la chaussure paysanne par excellence, en bois évidé. Ce nom désigne aussi un jouet d’enfant, une toupie conique que l’on fouette pour la faire tourner sur sa pointe, ce que montre la planche sept du « Typus Mundi » où deux anges fouettent un globe crucifère retourné sur sa croix, celle-ci faisant office de pointe.

Certainement cette figuration devait-elle évoquer un jeu de mots ou un proverbe. Fulcanelli, dans son oeuvre, évoque le sabot sept fois. Cinq fois le terme revêt un sens alchimique précis, celui de la fève ou du baigneur. La racine grecque du mot évoque le bruit de la toupie, précise-t-il. Lors de la chandeleur, le gateau ou la galette contenait une figurine en faience, baigneur, lune ou sabot. Voici quelques extraits.

Fulcanelli : « … ces coutumes bizarres où transparaît un sens hermétique souvent très pur, qui se renouvelaient chaque année et avaient pour théâtre l’église gothique, comme la Flagellation de l’Alleluia, dans laquelle les enfants de chœur chassaient, à grands coups de fouet, leurs sabots ronflants hors des nefs de la cathédrale de Langres... »

« …Notre galette est signée comme la matière elle-même et contient dans sa pâte le petit enfant populairement dénommé baigneur. C’est l’Enfant-Jésus porté par Offerus, le serviteur ou le voyageur ; c’est l’or dans son bain, le baigneur ; c’est la fève, le sabot, le berceau ou la croix d’honneur... »

« … C’est lui le prototype secret du baigneur populaire de la galette des rois, la fève (cuamoV, paronyme de cuanoV , noir bleuâtre), le sabot (Bembhx ); c’est aussi le cocon (Bombucion) et son ver, dont le nom grec, Bombhx , qui ressemble tant à celui de sabot, a pour racine BomboV , exprimant, précisément, le bruit d’une toupie en rotation.. »

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Explication : sachant que Fulcanelli fut l’élève du grand Pasteur et que c’est lui qui l’a initié aux travaux de laboratoire, l’évocation du Bombyx (Bemb-X) est évidemment déchiffrable immédiatement !  le vers à Soie (Bombyx mori) cher à Pasteur qui bâtit sa renommé sur la protection des élevages de sériculture est aussi porteur du message de lumière tant commenté par l’Adepte. Le jet d’urine est évidemment une référence à l’urée synthétisée. La synthèse de l’urée réalisée par Friedrich Wohler en 1828 marqua une étape importante de la chimie moderne et marqua une rupture avec le vitalisme ambiant. L’étude de l’urée fut la base des études sur la fermentation de Louis Pasteur (fermentation de l’urée dite ammoniacale) et fut le point de départ de la chimie organique en démontrant qu’un composé organique est produit à partir d’un composé inorganique. À l’époque, on considèrait comme infranchissable la barrière entre matière vivante et matière inerte, or cette expérience contredit la théorie du vitalisme qui attribue à la matière vivante une « force vitale » nécessaire à la formation des substances organiques.. A l’inverse l’Adepte réintroduisit l’idée d’une force vitale propre au règne minéral !… Comme l’avait dit Lavoisier  » Rien ne se perd, tout se transforme !  »

note : Le mot sabot provient, selon les linguistes, de l'ancien français sabot ou Çabot, terme du XIIe siècle. Au delà, il provient de la combinaison de savate et de l'ancien français bot, masculin de botte, c'est-à-dire une chaussure montante. Savate proviendrait de l'arabe sabbat, qui désigne une danse bruyante, tournoyante ou en toupie.

Fulcanelli et l’argot ou art des gots ou gaie science (2)

Complément sur les fêtes citées par l’Adepte Fulcanelli

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L’ALLELUIA. Jadis, dans l’Yonne, l’alléluia jouait un grand rôle dans l’église. On le faisait mourir, on l’ensevelissait et on le ressuscitait. Les enfants de choeur ‘officiaient le samedi de la Sep­tuagésime: après l’office ils portaient, en pleurant, une bière qui était censée contenir alléluia décédé, et, le samedi saint, on solennisait sa résurrection.

Flagellation L’ALLELUIA – Cette cérémo­nie burlesque avait heu à Langres. On écrivait en lettres d’or sur une toupie, le mot alléluia, et l’on plaçait cette toupie au milieu de la cathédrale. A l’heure indiquée, les enfants de choeur venaient en procession, avec la croix et la bannière, à l’en­droit où la toupie était déposée, et l’opération commençait. Ils la faisaient pirouetter à coups de fouet, chantant des psaumes et des cantiques, et la poussaient ainsi hors de l’église, en lui souhaitant bon voyage jusqu’à Pâques prochain.

Fête des fous.  Elle se célébrait jadis à Sens. C’était le carnaval du moyen âge et une imitation des Saturnales. On élisait un évêque des fous, et des prêtres, barbouillés de lie et habillés d’une manière ridicule, entraient dans le choeur pour y chanter des chansons. Les diacres et tes sous-dia­cres mangeaient des boudins et des saucisses; ils jouaient aux cartes et aux dés ; mettaient des mor­ceaux de vieilles savates dans l’encensoir en guise d’encens; puis ils se faisaient ensuite traîner tous par les rues dans des tombereaux, où ils se livraient à mille contorsions. On voit encore la représenta­tion de ces scènes ridicules, sur des monuments du moyen âge; et, d’après Millin, la marotte que l’on place aujourd’hui dans la main du dieu Cosmus prendrait son origine à la fête des fous.

Une autre fête des Fous se célébrait à Mâtons, le jour de la Saint-Étienne. On dressait un théâtre la veille, devant la grande porte de la cathédrale, et le jour de la fête on y disposait un festin. Lorsque l’envers, dé côté, et repliée en deux; les diacres et sous-diacres avaient également leur dalmatique retournée. Le sous diacre chantait l’épître d’un tort lugubre, le diacre ne faisait que prononcer l’Évan­gile, et le célébrant ne se retournait point vers les assistants lorsqu’il prononçait Domitius vobiscum. Les chantres étaient au nombre de six : deux pla­cés au pupitre, dans le choeur, deux au jubé, deux autres au bout de l’église, et ils chantaient alter­nativement. Ceux qui représentaient les chanoines étaient revêtus de grandes robes noires qui leur pendaient jusqu’aux talons, et dont les manches leur couvraient les mains; ils allaient trois fois à l’offrande, et c’était le seul instant où ils n’avaient pas le visage voilé. Dans cette odieuse parodie, il n’y avait qu’un seul cierge allumé, et il était placé dans le milieu du sanctuaire.

LA DIABLERIE. – Cette fête, qui se célébrait à Chaumont, et avait été instituée en l’honneur de saint Jean, remontait au XIII siècle, et ne fut sup­primée qu’au XVIII. Le jour des Rameaux, douze hommes s’habillaient en diables, et suivaient la procession, où ils chantaient l’hymne : quis est iste Rex Gloriae. Leur costume consistait en une robe noire, parsemée de flammes, et en un masque à visage épouvantable et surmonté de cornes. Quand les portes de l’église étaient ouvertes, ils se répan­daient dans la ville, flans la campagne, et avaient le droit de faire contribuer les étrangers qui ve­naient à la fête. Le jour de la nativité de saint Jean, on représentait, sur dix théâtres différents, élevés sur le chemin que suivait la procession, les diverses actions de la vie et de la mort du saint; l’on coupait une tête postiche à celui qui remplis­sait le personnage , et la scène se terminait par la chute, dans la chaudière infernale, de l’âme d’Hé­rode, que figurait une poupée suspendue au clo­cher de l’Horloge ; on représentait aussi divers miracles où la Vierge et le diable étaient toujours les principaux acteurs; on faisait un sermon au commencement ou au milieu de la pièce, et celle-ci finie, on retournait à l’église pour chanter le Te Deum.

Les habitants de la ville forçaient les voyageurs à y entrer pour participer à la fête, et l’on voyait quelquefois dans les rues, beaucoup de gens habillés en pèlerin.  La diablerie de Chaumont avait une grande réputation dans toute la Champagne, et l’on y venait de trente à qua­rante lieues de distance; la fête durait neuf jours.

Fulcanelli et l’argot ou art des gots ou gaie science (1)

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Introduction :

Dès la première page l’Adepte au seuil de son oeuvre magistrale nous confie à la fois son émotion et les lieux de son enfance : il suffisait de se baisser pour ramasser ! Nous y trouvons en effet à partir d’un centre rayonnant autour de Dijon (mentionné en outre par la référence aux argonautes à propos de l’argot) les lieux qu’il eut l’occasion de fréquenter dans sa jeunesse provinciale d’où ces références précises et détaillées que seul un natif peut connaitre : Sens, Dijon, Auxerre, Chaumont  …et Langres évidemment.

En fait nos recherches (à voir dans les cahiers) démontrent à l’évidence que l’on peut organiser l’oeuvre (des deux ouvrages) à partir d’une topographie qui s’organise en quatre cercles distincts :

  1. le cercle de l’enfance
  2. lieux de villégiature
  3. la vie parisienne
  4. les lieux liés à la vie professionnelle

Parmi les lieux liés à la vie professionnelle on peut déjà citer deux lieux célèbres : le cadran du Palais d’Holyrood et la croix cyclique d’Hendaye. Nous aurons l’occasion de nous expliquer plus en avant sur ce sujet. En ce qui concerne les lieux de villégiature ils sont liés pour l’essentiel aux moments de détente que la famille Fulcanelli passait en Bretagne ou en Charente maritime – archives Fulcanelli (jk) -. (Dampierre, tombeau de Nantes etc ..). Il convient pour être clair et précis d’ajouter que deux régions ne sont jamais mentionnées : l’Est (pour cause, elle est encore occupée par la Prusse) et le Sud où l’Adepte n’avait aucune attache. L’histoire de Marseille est tout simplement une fausse piste, au reste assez grossière, que le disciple auto-proclamé à rajouté plus tard pour égarer d’avantage le cherchant sincère !

Introduction au Mystère des Cathédrales :

« La plus forte impression de notre prime jeunesse, — nous avions sept ans, — celte dont nous gardons encore un souvenir vivace, fut l’émotion que provoqua, en notre âme d’enfant, la vue d’une cathédrale gothique. Nous en fûmes, sur-le-champ, transporté, extasié, frappé d’admiration, incapable de nous arracher à l’attrait du merveilleux, à la magie du splendide, de l’immense, du vertigineux que dégageait cette oeuvre plus divine qu’humaine.

Depuis, la vision s’est transformée, mais l’impression demeure. Et si l’accoutumance a modifié te caractère prime-sautier et pathétique du premier contact, nous n’avons jamais pu nous défendre d’une sorte de ravissement devant ces beaux livres d’images dressés sur nos parvis, et qui développent jusqu’au ciel leurs feuilles de pierre sculptés.

En quel langage, par quels moyens pourrions-nous leur exprimer notre admiration, leur témoigner notre reconnaissance, tous les sentiments de gratitude dont notre coeur est plein, pour tout ce qu’ils nous ont appris à goûter, à reconnaître, à découvrir, même ces chefs-d’oeuvre muets, ces maîtres sans paroles et sans voix ?

Sans paroles et sans voix ? — Que disons-nous ! Si ces livres lapidaires ont leurs lettres sculptées, —phrases en bas-reliefs et pensées en ogives, — ils n’en parlent pas moins par t’esprit, impérissable, qui s’exhale de leurs pages. Plus clairs que leurs frères cadets. — manuscrits et imprimés, — ils possèdent sur eux l’avantage de ne traduire qu’un sens unique, absolu, d’expression simple, d’interprétation naïve et pittoresque, un sens purgé des finesses, des allusions, des équivoques littéraires.

La langue de pierres que parle cet art nouveau, dit avec beaucoup de vérité J. F. Golfs’, est à ta fois clair et sublime. Aussi, elle parle à l’âme des plus humbles comme à celle des plus cultivés. Quelle langue pathétique que le gothique de pierres ! Une langue si pathétique, en effet, que les chants d’une Orlande de Lassus ou d’un Palestrina, les oeuvres d’orgue d’un Haendel ou d’un Frescobaldi, l’orchestration d’un Beethoven ou d’un Cherubini, et, ce qui est plus grand que tout cela, le simple et sévère chant grégorien, te seul vrai chant peut-être, n’ajoutent que par surcroît aux émotions que la cathédrale cause par elle-même. Malheur à ceux qui n’aiment pas l’architecture gothique, ou, du moins, plaignons-les comme des déshérités du coeur.

Sanctuaire de la Tradition, de la Science et de l’Art, la cathédrale gothique ne doit pas être regardée comme un ouvrage uniquement dédié à la gloire du christianisme, mais plutôt comme une vaste concrétion d’idées, de tendances, de foi populaires, un tout parfait auquel on peut se référer sans crainte dès qu’il s’agit de pénétrer la pensée des ancêtres, dans quelque domaine que ce soi : religieux, laïque, philosophique ou social.

Les voûtes hardies, la noblesse des vaisseaux, l’ampleur des proportions et la beauté de l’exécution font de la cathédrale une oeuvre originale, d’incomparable harmonie, mais que l’exercice du culte ne paraît pas devoir occuper en entier.

Si le recueillement, sous la lumière spectrale et polychrome des hautes verrières, si le silence invitent à la prière, prédisposent à la méditation, en revanche l’appareil, la structure, l’ornementation dégagent et reflètent, en leur extraordinaire puissance, des sensations moins édifiantes, un esprit plus laïque et, disons le mot, presque païen.

On y peut discerner, outre l’inspiration ardente née d’une foi robuste, les mille préoccupations de la grande âme populaire, l’affirmation de sa conscience, de sa volonté propre, l’image de sa pensée dans ce qu’elle a de complexe, d’abstrait, d’essentiel, de souverain.

Si l’on vient à l’édifice pour assister aux offices divins, si l’on y pénètre à la suite des convois funèbres ou parmi le joyeux cortège des fêtes carillonnées, on s’y presse également en bien d’autres circonstances. On y tient des assemblées politiques sous  la présidence de l’évêque ; on y discute le prix du grain et du bétail les drapiers y fixent le cours des étoffes ; on y accourt pour quérir le réconfort, solliciter le conseil, implorer le pardon. Et il n’est guère de corporations qui n’y fassent bénir le chef-d’oeuvre du nouveau compagnon et ne s’y réunissent, une fois l’an, sous la protection de leur saint patron.

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D’autres cérémonies, fort attrayantes pour la foule, s’y maintinrent pendant la belle période médiévale. Ce fut la Fête des Fous, — ou des Sages, — kermesse hermétique processionnelle, qui partait de l’église avec son pape, ses dignitaires, ses fervents, son peuple, — le peuple du moyen âge, bruyant, espiègle, facétieux, débordant de vitalité, d’enthousiasme et de fougue, — et se répandait dans la ville… Satire hilarante d’un clergé ignorant, soumis à l’autorité de la Science déguisée, écrasé sous te poids d’une indiscutable supériorité.  Ah !

Fête des Fous, avec son char du Triomphe de Bacchus, traîné par un centaure et une centauresse, nus comme le dieu lui-même, accompagné du grand Pan ; carnaval obscène prenant possession des nefs ogivales Nymphes et naïades sortant du bain ; divinités de l’Olympe, sans nuages et sans tutu : Junon, Diane, Latone se donnant rendez-vous à la cathédrale pour y entendre la messe ! Et quelle messe ! Composée par l’initié Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, selon le rituel païen, et où les ouailles de l’an 1220 poussaient le cri de joie des bacchanales : Evohé ! Evohé ! — Et les escholiers en délire de répondre :

Hoec est clara dies clararum dierum !

Hoec est testa dies festarum festa dierum !

 

Ce fut encore la Fête de l’Ane, presque aussi fastueuse que la précédente, avec l’entrée triomphale, sous les arceaux sacrés, de maître Aliboron, dont le sabot foulait, jadis, le pavé juif de Jérusalem. Notre glorieux Christophore y était célébré dans un office spécial où l’on exaltait, après l’épître, cette puissance asine qui a valu à l’Eglise l’or de l’Arabie, l’encens et la myrrhe du pays de Saba. Parodie grotesque que le prêtre, incapable de comprendre, acceptait en silence, le front courbé sous te ridicule, versé à pleins bords, par ces mystificateurs du pays de Saba, ou Caba, les cabalistes en personne ! Et c’est le ciseau même des maîtres imaigiers du temps, qui nous confirme ces curieuses réjouissances. En effet, dans la nef de Notre-Dame de Strasbourg, écrit Witkowski, – le bas-relief d’un des chapiteaux des grands piliers reproduit une procession satirique où l’on distingue un pourceau, porteur d’un bénitier, suivi d’ânes revêtus d’habits sacerdotaux et de singes munis de divers attributs de la religion, ainsi qu’un renard enfermé dans une châsse. C’est la Procession du Renard ou de ta Fête de l’Âne -. Ajoutons qu’une scène identique, enluminée, figure au folio 40 du manuscrit 5055 de la Bibliothèque nationale.

Ce furent, enfin, ces coutumes bizarres où transparaît un sens hermétique souvent très pur, qui se renouvelaient chaque année et avaient pour théâtre l’église gothique, comme la

Flagellation de l’Alleluia, dans laquelle tes enfants de choeur chassaient, à grands coups de fouet, leurs sabots ronflants hors des nefs de la cathédrale de Langres ; le Convoi de Carême-Prenant ; la Diablerie de Chaumont ; les processions et banquets de l’infanterie dijonnaise, dernier écho de la Fête des Fous, avec sa Mère Folle, ses diplômes rabelaisiens, son guidon où deux frères, tête-bêche, se plaisent à découvrir leurs fesses ; le singulier Jeu de Pelote, qui se disputait dans le vaisseau de Saint-Etienne, cathédrale d’Auxerre, et disparut vers 1538 ; etc. »  Fulcanelli