Voyages en Kaleidoscope (2) ou l’alphabet de la lumière

Pearl White - c. 1915-1920A la fin de sa vie, l’adepte se prit de passion pour la photographie et fut le président du premier comité de cinématographie alors en plein essor. C’est à ce titre qu’il s’intéressa de près au roman d’Irène Hillel- Erlanger qu’il rencontra sans doute dans le cadre de ses activités, ce qui permit à cette dernière d’avoir accès une meilleure connaissance du Maître et de faire ces intempestives réflexions !…

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Voyages en Kaleidoscope (1)

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ou faire vibrer le cristal ..

Voyages en Kaléidoscope : Inventé par le physicien écossais Sir David Brewster en 1816 alors qu’il faisait des expériences sur la polarisation de la lumière, le kaléidoscope (de « beau » et « voir » en grec) a connu un grand succès en tant que « procédé » à la fois littéraire et conceptuel. Les mouvements surréalistes et dadaistes se sont emparés du procédé comme outil de déconstruction et de reconstruction engendrant une nouvelle idée : les fameux collages intempestifs. L’ouvrage d’Irène Hillel-Erlanger paru en 1919 donne des indications sur les relations entretenues avec l’Adepte Fulcanelli avec qui elle partageait à la fois certains amis et certaines préoccupations au sein d’un milieu artistique parisien. Nous aurons l’occasion de dire lesquels et pourquoi. La couverture du livre montre des bobines de film telles qu’elles sont mises sur le socle de l’appareil de projection, encore une fois : la transformation des formes par la lumières et le rayonnement diffracté du « X ».

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Fulcanelli et l’argot ou art des gots ou gaie science (3)

La Flagellation de l’ALLELUIA

Fulcanelli Hotel Lallemant caisson 12 jet d'urine dans le sabot

En complément à nos articles précédents :

Fulcanelli décrit ce caisson : »Voici, – quel singulier motif pour une chapelle – un jeune enfant urinant à plein jet dans son sabot. »

Cet ange est une fillette qui, ouvrant sa chemise de nuit jusqu’à la taille, urine debout vers un sabot placé devant elle, se mouillant la jambe droite. Les manches sont retroussées. Un bonnet de nuit couvre la tête. Le sabot a une taille pour adulte, plus grand que les pieds de la fillette. Il est la chaussure paysanne par excellence, en bois évidé. Ce nom désigne aussi un jouet d’enfant, une toupie conique que l’on fouette pour la faire tourner sur sa pointe, ce que montre la planche sept du « Typus Mundi » où deux anges fouettent un globe crucifère retourné sur sa croix, celle-ci faisant office de pointe.

Certainement cette figuration devait-elle évoquer un jeu de mots ou un proverbe. Fulcanelli, dans son oeuvre, évoque le sabot sept fois. Cinq fois le terme revêt un sens alchimique précis, celui de la fève ou du baigneur. La racine grecque du mot évoque le bruit de la toupie, précise-t-il. Lors de la chandeleur, le gateau ou la galette contenait une figurine en faience, baigneur, lune ou sabot. Voici quelques extraits.

Fulcanelli : « … ces coutumes bizarres où transparaît un sens hermétique souvent très pur, qui se renouvelaient chaque année et avaient pour théâtre l’église gothique, comme la Flagellation de l’Alleluia, dans laquelle les enfants de chœur chassaient, à grands coups de fouet, leurs sabots ronflants hors des nefs de la cathédrale de Langres... »

« …Notre galette est signée comme la matière elle-même et contient dans sa pâte le petit enfant populairement dénommé baigneur. C’est l’Enfant-Jésus porté par Offerus, le serviteur ou le voyageur ; c’est l’or dans son bain, le baigneur ; c’est la fève, le sabot, le berceau ou la croix d’honneur... »

« … C’est lui le prototype secret du baigneur populaire de la galette des rois, la fève (cuamoV, paronyme de cuanoV , noir bleuâtre), le sabot (Bembhx ); c’est aussi le cocon (Bombucion) et son ver, dont le nom grec, Bombhx , qui ressemble tant à celui de sabot, a pour racine BomboV , exprimant, précisément, le bruit d’une toupie en rotation.. »

Hotel Lallemant caisson_ jet d'urine_nb

Explication : sachant que Fulcanelli fut l’élève du grand Pasteur et que c’est lui qui l’a initié aux travaux de laboratoire, l’évocation du Bombyx (Bemb-X) est évidemment déchiffrable immédiatement !  le vers à Soie (Bombyx mori) cher à Pasteur qui bâtit sa renommé sur la protection des élevages de sériculture est aussi porteur du message de lumière tant commenté par l’Adepte. Le jet d’urine est évidemment une référence à l’urée synthétisée. La synthèse de l’urée réalisée par Friedrich Wohler en 1828 marqua une étape importante de la chimie moderne et marqua une rupture avec le vitalisme ambiant. L’étude de l’urée fut la base des études sur la fermentation de Louis Pasteur (fermentation de l’urée dite ammoniacale) et fut le point de départ de la chimie organique en démontrant qu’un composé organique est produit à partir d’un composé inorganique. À l’époque, on considèrait comme infranchissable la barrière entre matière vivante et matière inerte, or cette expérience contredit la théorie du vitalisme qui attribue à la matière vivante une « force vitale » nécessaire à la formation des substances organiques.. A l’inverse l’Adepte réintroduisit l’idée d’une force vitale propre au règne minéral !… Comme l’avait dit Lavoisier  » Rien ne se perd, tout se transforme !  »

note : Le mot sabot provient, selon les linguistes, de l'ancien français sabot ou Çabot, terme du XIIe siècle. Au delà, il provient de la combinaison de savate et de l'ancien français bot, masculin de botte, c'est-à-dire une chaussure montante. Savate proviendrait de l'arabe sabbat, qui désigne une danse bruyante, tournoyante ou en toupie.

Fulcanelli et l’argot ou art des gots ou gaie science (2)

Complément sur les fêtes citées par l’Adepte Fulcanelli

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L’ALLELUIA. Jadis, dans l’Yonne, l’alléluia jouait un grand rôle dans l’église. On le faisait mourir, on l’ensevelissait et on le ressuscitait. Les enfants de choeur ‘officiaient le samedi de la Sep­tuagésime: après l’office ils portaient, en pleurant, une bière qui était censée contenir alléluia décédé, et, le samedi saint, on solennisait sa résurrection.

Flagellation L’ALLELUIA – Cette cérémo­nie burlesque avait heu à Langres. On écrivait en lettres d’or sur une toupie, le mot alléluia, et l’on plaçait cette toupie au milieu de la cathédrale. A l’heure indiquée, les enfants de choeur venaient en procession, avec la croix et la bannière, à l’en­droit où la toupie était déposée, et l’opération commençait. Ils la faisaient pirouetter à coups de fouet, chantant des psaumes et des cantiques, et la poussaient ainsi hors de l’église, en lui souhaitant bon voyage jusqu’à Pâques prochain.

Fête des fous.  Elle se célébrait jadis à Sens. C’était le carnaval du moyen âge et une imitation des Saturnales. On élisait un évêque des fous, et des prêtres, barbouillés de lie et habillés d’une manière ridicule, entraient dans le choeur pour y chanter des chansons. Les diacres et tes sous-dia­cres mangeaient des boudins et des saucisses; ils jouaient aux cartes et aux dés ; mettaient des mor­ceaux de vieilles savates dans l’encensoir en guise d’encens; puis ils se faisaient ensuite traîner tous par les rues dans des tombereaux, où ils se livraient à mille contorsions. On voit encore la représenta­tion de ces scènes ridicules, sur des monuments du moyen âge; et, d’après Millin, la marotte que l’on place aujourd’hui dans la main du dieu Cosmus prendrait son origine à la fête des fous.

Une autre fête des Fous se célébrait à Mâtons, le jour de la Saint-Étienne. On dressait un théâtre la veille, devant la grande porte de la cathédrale, et le jour de la fête on y disposait un festin. Lorsque l’envers, dé côté, et repliée en deux; les diacres et sous-diacres avaient également leur dalmatique retournée. Le sous diacre chantait l’épître d’un tort lugubre, le diacre ne faisait que prononcer l’Évan­gile, et le célébrant ne se retournait point vers les assistants lorsqu’il prononçait Domitius vobiscum. Les chantres étaient au nombre de six : deux pla­cés au pupitre, dans le choeur, deux au jubé, deux autres au bout de l’église, et ils chantaient alter­nativement. Ceux qui représentaient les chanoines étaient revêtus de grandes robes noires qui leur pendaient jusqu’aux talons, et dont les manches leur couvraient les mains; ils allaient trois fois à l’offrande, et c’était le seul instant où ils n’avaient pas le visage voilé. Dans cette odieuse parodie, il n’y avait qu’un seul cierge allumé, et il était placé dans le milieu du sanctuaire.

LA DIABLERIE. – Cette fête, qui se célébrait à Chaumont, et avait été instituée en l’honneur de saint Jean, remontait au XIII siècle, et ne fut sup­primée qu’au XVIII. Le jour des Rameaux, douze hommes s’habillaient en diables, et suivaient la procession, où ils chantaient l’hymne : quis est iste Rex Gloriae. Leur costume consistait en une robe noire, parsemée de flammes, et en un masque à visage épouvantable et surmonté de cornes. Quand les portes de l’église étaient ouvertes, ils se répan­daient dans la ville, flans la campagne, et avaient le droit de faire contribuer les étrangers qui ve­naient à la fête. Le jour de la nativité de saint Jean, on représentait, sur dix théâtres différents, élevés sur le chemin que suivait la procession, les diverses actions de la vie et de la mort du saint; l’on coupait une tête postiche à celui qui remplis­sait le personnage , et la scène se terminait par la chute, dans la chaudière infernale, de l’âme d’Hé­rode, que figurait une poupée suspendue au clo­cher de l’Horloge ; on représentait aussi divers miracles où la Vierge et le diable étaient toujours les principaux acteurs; on faisait un sermon au commencement ou au milieu de la pièce, et celle-ci finie, on retournait à l’église pour chanter le Te Deum.

Les habitants de la ville forçaient les voyageurs à y entrer pour participer à la fête, et l’on voyait quelquefois dans les rues, beaucoup de gens habillés en pèlerin.  La diablerie de Chaumont avait une grande réputation dans toute la Champagne, et l’on y venait de trente à qua­rante lieues de distance; la fête durait neuf jours.

Fulcanelli et l’argot ou art des gots ou gaie science (1)

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Introduction :

Dès la première page l’Adepte au seuil de son oeuvre magistrale nous confie à la fois son émotion et les lieux de son enfance : il suffisait de se baisser pour ramasser ! Nous y trouvons en effet à partir d’un centre rayonnant autour de Dijon (mentionné en outre par la référence aux argonautes à propos de l’argot) les lieux qu’il eut l’occasion de fréquenter dans sa jeunesse provinciale d’où ces références précises et détaillées que seul un natif peut connaitre : Sens, Dijon, Auxerre, Chaumont  …et Langres évidemment.

En fait nos recherches (à voir dans les cahiers) démontrent à l’évidence que l’on peut organiser l’oeuvre (des deux ouvrages) à partir d’une topographie qui s’organise en quatre cercles distincts :

  1. le cercle de l’enfance
  2. lieux de villégiature
  3. la vie parisienne
  4. les lieux liés à la vie professionnelle

Parmi les lieux liés à la vie professionnelle on peut déjà citer deux lieux célèbres : le cadran du Palais d’Holyrood et la croix cyclique d’Hendaye. Nous aurons l’occasion de nous expliquer plus en avant sur ce sujet. En ce qui concerne les lieux de villégiature ils sont liés pour l’essentiel aux moments de détente que la famille Fulcanelli passait en Bretagne ou en Charente maritime – archives Fulcanelli (jk) -. (Dampierre, tombeau de Nantes etc ..). Il convient pour être clair et précis d’ajouter que deux régions ne sont jamais mentionnées : l’Est (pour cause, elle est encore occupée par la Prusse) et le Sud où l’Adepte n’avait aucune attache. L’histoire de Marseille est tout simplement une fausse piste, au reste assez grossière, que le disciple auto-proclamé à rajouté plus tard pour égarer d’avantage le cherchant sincère !

Introduction au Mystère des Cathédrales :

« La plus forte impression de notre prime jeunesse, — nous avions sept ans, — celte dont nous gardons encore un souvenir vivace, fut l’émotion que provoqua, en notre âme d’enfant, la vue d’une cathédrale gothique. Nous en fûmes, sur-le-champ, transporté, extasié, frappé d’admiration, incapable de nous arracher à l’attrait du merveilleux, à la magie du splendide, de l’immense, du vertigineux que dégageait cette oeuvre plus divine qu’humaine.

Depuis, la vision s’est transformée, mais l’impression demeure. Et si l’accoutumance a modifié te caractère prime-sautier et pathétique du premier contact, nous n’avons jamais pu nous défendre d’une sorte de ravissement devant ces beaux livres d’images dressés sur nos parvis, et qui développent jusqu’au ciel leurs feuilles de pierre sculptés.

En quel langage, par quels moyens pourrions-nous leur exprimer notre admiration, leur témoigner notre reconnaissance, tous les sentiments de gratitude dont notre coeur est plein, pour tout ce qu’ils nous ont appris à goûter, à reconnaître, à découvrir, même ces chefs-d’oeuvre muets, ces maîtres sans paroles et sans voix ?

Sans paroles et sans voix ? — Que disons-nous ! Si ces livres lapidaires ont leurs lettres sculptées, —phrases en bas-reliefs et pensées en ogives, — ils n’en parlent pas moins par t’esprit, impérissable, qui s’exhale de leurs pages. Plus clairs que leurs frères cadets. — manuscrits et imprimés, — ils possèdent sur eux l’avantage de ne traduire qu’un sens unique, absolu, d’expression simple, d’interprétation naïve et pittoresque, un sens purgé des finesses, des allusions, des équivoques littéraires.

La langue de pierres que parle cet art nouveau, dit avec beaucoup de vérité J. F. Golfs’, est à ta fois clair et sublime. Aussi, elle parle à l’âme des plus humbles comme à celle des plus cultivés. Quelle langue pathétique que le gothique de pierres ! Une langue si pathétique, en effet, que les chants d’une Orlande de Lassus ou d’un Palestrina, les oeuvres d’orgue d’un Haendel ou d’un Frescobaldi, l’orchestration d’un Beethoven ou d’un Cherubini, et, ce qui est plus grand que tout cela, le simple et sévère chant grégorien, te seul vrai chant peut-être, n’ajoutent que par surcroît aux émotions que la cathédrale cause par elle-même. Malheur à ceux qui n’aiment pas l’architecture gothique, ou, du moins, plaignons-les comme des déshérités du coeur.

Sanctuaire de la Tradition, de la Science et de l’Art, la cathédrale gothique ne doit pas être regardée comme un ouvrage uniquement dédié à la gloire du christianisme, mais plutôt comme une vaste concrétion d’idées, de tendances, de foi populaires, un tout parfait auquel on peut se référer sans crainte dès qu’il s’agit de pénétrer la pensée des ancêtres, dans quelque domaine que ce soi : religieux, laïque, philosophique ou social.

Les voûtes hardies, la noblesse des vaisseaux, l’ampleur des proportions et la beauté de l’exécution font de la cathédrale une oeuvre originale, d’incomparable harmonie, mais que l’exercice du culte ne paraît pas devoir occuper en entier.

Si le recueillement, sous la lumière spectrale et polychrome des hautes verrières, si le silence invitent à la prière, prédisposent à la méditation, en revanche l’appareil, la structure, l’ornementation dégagent et reflètent, en leur extraordinaire puissance, des sensations moins édifiantes, un esprit plus laïque et, disons le mot, presque païen.

On y peut discerner, outre l’inspiration ardente née d’une foi robuste, les mille préoccupations de la grande âme populaire, l’affirmation de sa conscience, de sa volonté propre, l’image de sa pensée dans ce qu’elle a de complexe, d’abstrait, d’essentiel, de souverain.

Si l’on vient à l’édifice pour assister aux offices divins, si l’on y pénètre à la suite des convois funèbres ou parmi le joyeux cortège des fêtes carillonnées, on s’y presse également en bien d’autres circonstances. On y tient des assemblées politiques sous  la présidence de l’évêque ; on y discute le prix du grain et du bétail les drapiers y fixent le cours des étoffes ; on y accourt pour quérir le réconfort, solliciter le conseil, implorer le pardon. Et il n’est guère de corporations qui n’y fassent bénir le chef-d’oeuvre du nouveau compagnon et ne s’y réunissent, une fois l’an, sous la protection de leur saint patron.

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D’autres cérémonies, fort attrayantes pour la foule, s’y maintinrent pendant la belle période médiévale. Ce fut la Fête des Fous, — ou des Sages, — kermesse hermétique processionnelle, qui partait de l’église avec son pape, ses dignitaires, ses fervents, son peuple, — le peuple du moyen âge, bruyant, espiègle, facétieux, débordant de vitalité, d’enthousiasme et de fougue, — et se répandait dans la ville… Satire hilarante d’un clergé ignorant, soumis à l’autorité de la Science déguisée, écrasé sous te poids d’une indiscutable supériorité.  Ah !

Fête des Fous, avec son char du Triomphe de Bacchus, traîné par un centaure et une centauresse, nus comme le dieu lui-même, accompagné du grand Pan ; carnaval obscène prenant possession des nefs ogivales Nymphes et naïades sortant du bain ; divinités de l’Olympe, sans nuages et sans tutu : Junon, Diane, Latone se donnant rendez-vous à la cathédrale pour y entendre la messe ! Et quelle messe ! Composée par l’initié Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, selon le rituel païen, et où les ouailles de l’an 1220 poussaient le cri de joie des bacchanales : Evohé ! Evohé ! — Et les escholiers en délire de répondre :

Hoec est clara dies clararum dierum !

Hoec est testa dies festarum festa dierum !

 

Ce fut encore la Fête de l’Ane, presque aussi fastueuse que la précédente, avec l’entrée triomphale, sous les arceaux sacrés, de maître Aliboron, dont le sabot foulait, jadis, le pavé juif de Jérusalem. Notre glorieux Christophore y était célébré dans un office spécial où l’on exaltait, après l’épître, cette puissance asine qui a valu à l’Eglise l’or de l’Arabie, l’encens et la myrrhe du pays de Saba. Parodie grotesque que le prêtre, incapable de comprendre, acceptait en silence, le front courbé sous te ridicule, versé à pleins bords, par ces mystificateurs du pays de Saba, ou Caba, les cabalistes en personne ! Et c’est le ciseau même des maîtres imaigiers du temps, qui nous confirme ces curieuses réjouissances. En effet, dans la nef de Notre-Dame de Strasbourg, écrit Witkowski, – le bas-relief d’un des chapiteaux des grands piliers reproduit une procession satirique où l’on distingue un pourceau, porteur d’un bénitier, suivi d’ânes revêtus d’habits sacerdotaux et de singes munis de divers attributs de la religion, ainsi qu’un renard enfermé dans une châsse. C’est la Procession du Renard ou de ta Fête de l’Âne -. Ajoutons qu’une scène identique, enluminée, figure au folio 40 du manuscrit 5055 de la Bibliothèque nationale.

Ce furent, enfin, ces coutumes bizarres où transparaît un sens hermétique souvent très pur, qui se renouvelaient chaque année et avaient pour théâtre l’église gothique, comme la

Flagellation de l’Alleluia, dans laquelle tes enfants de choeur chassaient, à grands coups de fouet, leurs sabots ronflants hors des nefs de la cathédrale de Langres ; le Convoi de Carême-Prenant ; la Diablerie de Chaumont ; les processions et banquets de l’infanterie dijonnaise, dernier écho de la Fête des Fous, avec sa Mère Folle, ses diplômes rabelaisiens, son guidon où deux frères, tête-bêche, se plaisent à découvrir leurs fesses ; le singulier Jeu de Pelote, qui se disputait dans le vaisseau de Saint-Etienne, cathédrale d’Auxerre, et disparut vers 1538 ; etc. »  Fulcanelli

Art Gotique ou cabale phonétique

couv_grimoireLe langage des oiseaux est le plus souvent l’utilisation de rébus ou de jeux de mots, dans l’objectif de coder des oeuvres ou des livres, à des fins politiques (Rabelais), ou ésotériques.

Grasset d’Orcet, au XIXème siècle, donne certaines règles de décodage des devises hiéroglyphiques du blason que nous résumerons ainsi:

Elles se composent de vers de six à huit syllabes, terminées par une syllabe où entre la lettre L, que le nom de l' »écusson cartel » ou « carrel » fournit aux devises les plus courtes.

Tout dessin blasonné doit se déchiffrer en commençant par les pieds (de bas en haut).

Il précise aussi la règle simple du lanternois, comme utilisée chez Rabelais: le lanternois ne tient pas compte des voyelles.

Le terme langue des oiseaux s’entend probablement par le fait que les oiseaux sifflent des mélodies, des musiques qui sonnent joliement aux oreilles mais dont on ne réalise pas le sens caché. On les entend, mais on les entend pas (dans le sens de comprendre). Cet aspect sera amplement décrit avec Grasset d’Orcet.
Il y a aussi un sens plus profond à la langue des oiseaux et qui est le fait qu’elle est inexprimable par les mots ou la voix. Ce qui nous amène au langage des symboles.

Les symboles ont un sens, voire plusieurs sens car certains sont très riches. Et la compréhension du langage des symboles (langage alchimique par excellence) implique un long apprentissage par la réflexion ou l’expérience sur le terrain (visite de sites, de cathédrales) et surtout pratiquement l’impossibilité de transmettre ce que l’on ressent, si ce n’est par d’autres symboles.

C’est là l’essence du vrai secret initiatique. Transmis par des rituels symboliques, il est inexprimable car de l’ordre du ressenti. En parler seulement ne permet pas de le comprendre.

Ce langage symbolique fait prendre des raccourcis de pensée. Dans un autre domaine, c’est le même principe que l’utilisation de signes en mathématiques ou en physique, qui par le langage symbolique permettent à des gens de transmettre des concepts énormes sans se parler, par un simple signe. L’exemple du E=MC2 est très significatif. Peu de gens peuvent pénétrer les véritables arcanes mathématiques de cette formule mais tout le monde a en tête les applications de cette formule sur l’énergie atomique.

Le langage des oiseaux est une jolie musique. Elle attire même si on ne la comprend pas. C’est ainsi que nombreux sont ceux qui se lancent dans leur quête personnelle du Graal, sans raison exprimable, seulement à cause de telle légende lue, ou de telle cathédrale visitée. Ils ont soulevé un coin du voile et ne peuvent l’oublier.

Car telle est pourrait être la quête du Saint Graal: une simple quête du Saint Bol…

Citations :

Fulcanelli dans « Les Demeures Philosophales », fut un des premiers à révéler clairement le sens de la langue des oiseaux:
P. I.159: « […] Les vieux maîtres, dans la rédaction de leurs traités, utilisèrent surtout la cabale hermétique, qui’ils appelaient encore langue des oiseaux, des dieux, gaye science ou gay scavoir. De cette manière, ils purent dérober au vulgaire les principes de leur science, en les enveloppant d’une couverture cabalistique. […] Mais ce qui est généralement ignoré, c’est que l’idiome auquel les auteurs empruntèrent leurs termes est le grec archaïque, langue mère d’après la pluralité des disciples d’Hermès. La raison pour laquelle on ne s’aperçoit pas de l’intervention cabalistique tient précisément dans ce fait que le français provient directement du grec. »

p. I.164: « c’est justement ce grec qu’on retrouve partout en France, même dans l’Argot de Paris. La langue des oiseaux est un idiome phonétique basé uniquement sur l’assonance. On n’y tient donc aucun compte de l’orthographe, dont la rigueur même sert de frein aux esprits curieux […]. […] Les rares auteurs qui ont parlé de la langue des oiseaux lui attribuent la première place à l’origine des langues. Son antiquité remonterait à Adam, qui l’aurait utilisée pour imposer, selon l’ordre de Dieu, les noms convenables, propres à définir les caractéristiques des êtres et des choses créées. »

p. I.167 :  « les anciens écrivains l’appelaient langua general (langue universelle), et lengua cortesana (langue de cour), c’est-à-dire langue diplomatique, parce qu’elle recèle une double signification correspondant à une double science, l’une apparente, l’autre profonde. »

p. II.26 2 : A ne pas confondre Kabbale et cabale: « La kabbale hébraïque ne s’occupe que de la Bible; […]. La cabale hermétique s’applique aux livres, textes et documents des sciences ésotériques de l’antiquité, du moyen-âge et des temps modernes. Tandis que la Kabbale hébraïque n’est qu’un procédé basé sur la décomposition et l’explication de chaque mot ou de chaque lettre, la cabale hermétique, au contraire, est une véritable langue […]

« p. II.267 : « Employée au moyen-âge par les philosophes, les savants, les littérateurs, les diplomates. Chevaliers d’ordre et chevaliers errants, troubadours, trouvères et ménestrels […] discutaient entre eux dans la langue des dieux, dite encore gaye-science ou gay-scavoir, notre cabale hermétique. Elle porte, d’ailleurs, le nom et l’esprit de la Chevalerie, dont les ouvrages mystiques de Dante nous ont révélé le véritable caractère. […] C’était la langue secrète des cabaliers, cavaliers ou chevaliers. Initiés et intellectuels de l’antiquité en avaient tous la connaissance. »

Voici d’ailleurs un indice quant au cheval qui orne le mur sud de l’église de Saint-Grégoire-du-Vièvre, et dont le message se lit d’abord en rébus ou langue des chevaliers pour se terminer en symboles, beaucoup moins évidents à comprendre.

p. II.269 : Sont basés sur la langue des oiseaux « Les oeuvres de François Rabelais et celles de Cyrano de Bergerac; le Don Quichotte de Michel Cervantès, les Voyages de Gulliver de Swift; le Songe de Poliphile de Francisco Colonna; les Contes de ma mère l’Oie, de Perrault; etc…« 

Jonatan Swift a d’ailleurs à son époque publié un livre sur le pun, ou l’art en anglais de faire des jeux de mots.

Fucanelli encore, dans « Le Mystère des Cathédrales » révèle le sens de l’art gothique des cathédrales et le fait qu’elles cachent en leurs statues et imageries un sens caché, alchimique :

p. 55 : « Pour nous, art gothique n’est qu’une déformation orthographique du mot argotique, dont l’homophonie parfaite, conformément à la loi phonétique qui régit, dans toutes les langues et sans tenir aucun compte de l’orthographe, la cabale traditionnelle. La cathédrale est une oeuvre d’art goth ou d’argot. Or, les dictionnaires définissent l’argot comme étant un « langage particulier à tous les individus qui ont intérêt à communiquer leurs pensées sans être compris de ceux qui les entourent ». C’est donc bien une cabale parlée. Les argotiers, ceux qui utilisent ce langage, sont descendants hermétiques des argo-nautes, lesquels montaient le navire Argo […] pour conquérir la fameuse Toison d’Or. […] Tous les Initiés s’exprimaient en argot, aussi bien les truands de la Cours des Miracles, – le poète Villon à leur tête,- que les Frimasons, ou francs-maçons du moyen-âge, « logeurs du bon Dieu », qui édifièrent les chefs-d’oeuvre argotiques que nous admirons aujourd’hui.« 

p. 56 : « L’art gothique est, en effet, l’art got ou cot (Co en grec), l’art de la Lumière ou de l’Esprit. »

Nous ajouterons que pour le langage d’une caste particulière, qu’elle soit composée de scientifiques ou de batisseurs, on utilise plutôt de nos jours le terme jargon. Or le jargon est le cri de l’Oie. Ceci à prendre comme référence aux « contes de ma mère l’Oie » de Perrault. Oie qui rappelle le « Oyez », crié pour qu’on « entende » bien le texte… D’ailleurs les termes Gay-scavoir et Gaye-science on en commun le mot Gay. Que peut donc bien signifier ce qualificatif joyeux sinon le fait que celui qui entend la langue des oiseaux est plein de JOIE (« J’oie, car son ouïe perçoit la musique des sphère », p. 23 de « Fulcanelli et le cabaret du Chat Noir », de Richard Khaitzine).

Le chat noir et les arts (3)

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L’activité du premier Chat Noir est intimement liée aux événements historiques qui l’entourent, représentant une sorte de pause créative entre l’amnistie des Communards (1880) et les premières turbulences de l’affaire Dreyfus (1894-1898). Le choix du lieu par Rodolphe Salis revêt une importance particulière : aux pieds de la Butte sacrée, le boulevard Rochechouart représente le trait d’union idéal entre les artistes montmartrois et le public bourgeois, qui peut facilement y accéder. Montmartre devient ainsi le centre de la culture hors de la tradition savante pro­prement dite.

Bien que le cabaret le plus ancien soit Le Cabaret des assassins, plus connu sous le nom de Lapin à Gill (ensuite Lapin Agile), c’est le Chat Noir qui marque l’esprit du temps. Sans revenir ici sur son histoire – voir notamment les études de Martel Oberthür–, nous voudrions plutôt attirer l’attention sur l’aménagement du lieu, car ce dernier influence le rapport entre le chansonnier et son public.

Étant donné les dimensions relativement exiguës de la salle (3,5 x 4 mètres), Salis soigne principalement l’aspect visuel, en confiant au peintre Adolphe Willette le soin de plu­sieurs réalisations, parmi lesquelles, rappelons-le, le vitrail La Vierge verte’, caractérisé par un symbolisme décadent, et le célèbre Parce Domine (cat. 8, p 86) qui, après avoir décoré le premier et le second Chat Noir, est aujourd’hui conservé au musée de Montmartre. Le reste du décor se compose d’une pacotille vaguement Louis XIII, constituée d’objets et de mobilier de récupération.

Les tables et les chaises, très inconfortables, obligent le public à se mélanger aux artistes présents sur scène, si l’on peut nommer de cette manière le petit cagibi surélevé de trois marches. De cette façon, plus aucune distance n’existe entre l’acteur chanteur et le public, qui participe au spectacle, tout en en devenant une composante fonda­mentale.

La chanson montmartroise est ainsi au sommet de l’ex­périmentation du genre,  suspendue entre l’innovation for­melle et la continuité d’une tradition musicale qui, partant de l’opérette, plonge ses racines dans l’exotisme de l’argot. Les artistes à énumérer sont fort nombreux, outre ceux déjà nommés comme faisant partie des Hydro­pathes, nous puvons citer  : George Auriol, Maurice Boukay, Charles Cros, Paul Delmet, Maurice Donnay, Georges Fragerolle, Jean Goudeski, Vincent Hyspa, Eugène Lemercier, Jean Richepin, Pierre Trimouillat et bien d’autres…

Steven Moore Whiting a déjà souligné les diverses typo­logies de chanson qui caractérisent la production du Chat Noir entre sa création (1881) et la mort de son fondateur (1897)8. Il les a distinguées comme suit : chanson réaliste, sentimentale, satirique et macabre. La production musicale qui a vu le jour au Chat Noir s’impose par sa nouveauté : dans le choix des sujets, mais aussi dans l’attitude de l’interprète, souvent auteur de la musique et du texte.

Parmi ces figures, celle de Maurice Mac-Nab mérite une attention spéciale, notamment pour le fort accent politique et social de ses compositions. C’est au Chat Noir qu’il trouve son épanouissement. Le caractère impertinent de la Butte et ses tendances anarchisantes permettent à Mac-Nab de transformer sa raillerie sociale en ironie macabre. Dans L’Omnibus de la préfecture, son ton satirique est au service d’un rapin qui voyage dans une voiture originale :

« Quand j’veux ménager ma chaussure. / Pour me ballader [sic] j’ai choisi / l’omnibus de la Préfecture ! » Dans L’Expul­sion, c’est un cri revanchard que Mac-Nab hisse contre les puissants et les riches :

«Moi, j’vais vous dire la vérité : / Les [sic] princ’il est capitalisse, / et l’travailleur est exploité, / c’est ça la mort du socialisse ! […] Pour que l’mi­neur il s’affranchisse /Enfin, qu’tout l’mond’soye expulsé/ il rest’ra plus qu’les anarchisses ! »

Les deux plus grands interprètes de cette nouvelle tendance, qui apparente la construction du personnage scénique à l’exigence renouvelée des affiches, sont Aristide Bruant et Yvette Guilbert. Le rendu visuel de la chanson devient ainsi la meilleure façon de se faire connaître.

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L’ancêtre : le club des Hydropathes (2)

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L’ancêtre du Chat Noir : le club des Hydropathes

Il convient de porter l’attention sur le plus célèbre cabaret montmartrois : Le Chat Noir. Pour en retracer l’histoire, il faut partir du Quartier latin, notamment de l’activité du club des Hydropathes.

En 1878, Émile Goudeau et son frère Léon louent une salle au premier étage du Café de la Rive Gauche ; il s’agit de la première salle officielle des Hydropathes ; suivront plusieurs autres endroits hébergeant ce groupe d’artistes, souvent renvoyés par les propriétaires à cause du tapage qu’entraînent leurs réunions. Michel Herbert nous dévoile le secret de ce nom si original :

« Le terme plut à cause de son étrangeté et de son euphonie. Il s’était imposé à Goudeau au cours d’une séance du Concert des Champs-Élysées, […] alors que l’orchestre jouait une valse allemande du maestro Joseph Gungl : Hydropathen Waltz. Le poète [Goudeau], qui avait fait dériver Hydropathe du grec Udor patein [sic] pensa y voir une analogie avec son propre nom patronymique. […] Goudeau décrivit l’Hydropathe comme un animal fabuleux aux pattes de cristal (Pathen: pattes. Hydro: en eau cristallisée). Il ajouta qu’une dénomination aussi imprécise avait l’avantage de ne limiter en rien l’acti­vité de la société nouvelle et la laissait libre, au besoin, de modifier ses doctrines initiales

Les soupçonnant de conspiration, la police ne manque pas de leur rendre souvent visite pendant leurs bruyantes réunions ; toutefois, l’activité des concerts, première raison de ces réunions, se poursuit. Ainsi Maurice Rollinat, Georges Lorin, André Gill et Jules Jouy animent-ils les soirées des Hydropathes. À ces artistes, que nous retrouverons au Chat Noir, il faut ajouter la présence de la seule femme dans les cabarets de la rive gauche: Marie Krysinska. Musicienne de talent, elle composait des accompagnements sur des textes de Baudelaire, de Verlaine et des mélodies de chanson. Son intérêt pour le vers libre, selon l’air du temps, la mit en concurrence directe avec Gustave Kahn, qui, lui aussi, se considérait comme l’inventeur de cette nouvelle façon d’écrire. Elle aussi emménagera dans le cabaret de Salis, mettant en musique des poèmes de plusieurs auteurs, parmi lesquels ceux de Gabriel Montoya occupent une place singulière.

Les séances des Hydropathes se déroulent toutes plus au moins de la même façon: le concert est accompagné par des exclamations, des invectives, des disputes qui souvent obligent le musicien à s’arrêter, jusqu’au moment où le pré­sident met fin à la séance en expulsant les tapageurs. Le programme est souvent improvisé et hétéroclite; les Fumistes, animateurs de ces soirées, sont responsables de la plupart des troubles au cours des réunions.

En 1881, Goudeau s’affronte directement avec les Fumistes : désemparés, les Hydropathes essaient alors de se reconsti­tuer sous une autre dénomination, d’abord celle de Mécé­néoliens et ensuite celle des Hirsutes. La véritable réponse à la crise interne que traversent les Hydropathes ne tarde pas. Ils décident de quitter le Quartier latin et de «monter» vers la Butte sacrée, abri des artistes et nouveau centre de la vie intellectuelle parisienne.

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Science et hermétisme