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Le livre des morts égyptien et les mystères antiques

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Le livre des morts égyptien est un livre d’initiation aux premiers pas dans l’au delà à vivre ici bas ! Les Egyptiens appelaient ce recueil «Sortie à la Lumière du Jour », et on relève qu’il contient plusieurs allusions indiquant assez clairement qu’il s’adressait bien à des vivants.

J’ouvre les chemins dans le Ciel et sur la Terre,
(….)
En vérité! J’ai parachevé mon Voyage
(IX, p. 87)
Le trajet initiatique relaté dans le Livre des morts comprend plusieurs phases, célestes et souterraines. L’ascension dans les cieux dans la barque solaire de Râ alterne avec la redescente imagée sous le plateau terrestre, dans le monde de l’obscurité, où l’initié se régénère dans les Eaux primordiales. La célèbre scène du jugement aura lieu sous la terre, dans salle d’Osiris, qui constitue quelque chose comme le centre du labyrinthe en l’homme. Dans la plupart des textes hermétiques ou alchimiques, qu’ils soient égyptiens, grecs ou d’ailleurs, qu’ils soient antiques ou plus récents, l’élévation dans les cieux est suivie d’une descente dans les profondeurs des enfers, accompagnée d’un retour à l’élément Terre le plus brut, désigné parfois comme le plomb ou par Saturne. On y parle aussi du «Royaume des “morts », c’est-à- dire des parties obscures de l’homme qui ne participent pas à la vie spirituelle.

 

Petits et grands mystères dans l’Antiquité

On risque de commettre de graves confusions au sujet de l’initiation si l’on ne garde pas à l’esprit le fait qu’elle se divisait en deux niveaux essentiels. Le processus comprenait deux phases successives que l’on a appelées, selon les circonstances de lieux ou d’époque :

– La phase lunaire, les petits mystères, l’initiation royale ou chevaleresque. l’ « œuvre au blanc » productrice de l’argent des alchimistes.

– La phase solaire : les grands mystères, l’initiation sacerdotale, œuvre au  rouge» productrice de l’or.

On retrouve dans la Grèce antique la division identique entre les petits mystères,  ceux de Perséphone qu’on célébrait au printemps dans les cités et les grands mystères célébrés en automne à Eleusis. Les petits mystères, encore appelés mystères isiaques ou mystères de la femme, avaient pour but la réintégration de l’individu avec la substance «féminine» de la manifestation pré-formelle. Les grands mystères ou mystères d’Amon avaient trait au dépassement du niveau cosmique ou manifesté.

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La descente dans la Douat. La Douât est le lieu de séjour de Rê pendant les heures de la nuit. Par analogie, il s’agit du séjour dans l’au-delà de l’âme des défunts après leur mort, en attendant qu’ils ressuscitent en même temps que le Soleil. Il s’agit d’un monde d’épreuves, divisé en douze heures. C’est un espace souterrain dans lequel les éléments ne sont pas conditionnés par l’espace-temps. Selon Fernand Schwarz, « On peut faire l’analogie entre la Douât qui contient les matrices et le négatif d’une photo, le positif étant notre monde d’ici-bas. »

saint-yves-dalvedreSaint-Yves d’Alveydre a détaillé le processus complet de l’initiation comme comprenant quatre séries d’enseignements. Pythagore qui les avait suivies toutes les quatre leur avait donné le nom de : Prépa­ration (Parazkeyé Purification (Katharsis). Perfection (Téléiotés) et Vue d’en haut (Épiphanie). La première série enseignait les sciences de la nature et constituait les petits mystères d’Isis. Elle donnait le titre de « Fils de la Femme» à ceux qui, au bout d’années quelquefois nombreuses, avaient acquis le niveau correspondant. La partie suivante comprenait les sciences humaines ; au bout d’une période plus ou moins longue pouvant durer toute la vie, elle conférait avec les vertus dites héroïques le titre de «Fils de l’Homme» ou de «Héros». Il s’agissait des mystères d’Horus, d’Hermès Trismégiste ou d’Apollon. Au niveau supé­rieur commençaient les grands mystères. Venait alors la révélation d’Isis, constituée de toutes les sciences cosmogoniques, celles de la nature hyper physique; elle attribuait le titre de « Fils de la Grande Déesse» ou de « Fils des Dieux ». Enfin, la quatrième hiérarchie concernait l’ordre divin, la théogonie. Les rares élus parvenus à ce stade voyaient tomber les derniers voiles de la révélation et prenaient le titre d’« Epopte» ou de « Fils de Dieu». Parmi ceux parvenus à ce sommet, on compte la figure de Moïse.

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Tableau omparatif des mystères (petits et grands) antiques réalisé par nos soins; imprimé à la demande au format A3 (30 cm x 42 cm)

 

Voir les posters ici

La distinction entre les petits et les grands mystères correspond à la différence entre la connaissance de la nature et la connaissance des principes qui dépassent la nature. Les petits mystères concernent l’ensemble des possibilités de l’état humain intégral, alors que la connaissance des états supra humains fait l’objet des grands mystères. Dans les deux cas, le terme de connaissance ne se limite pas à une signification théorique: elle comporte surtout la réalisation effective de ces états. L’objectif des petits et des grands mystères est l’« immortalité». Mais l’immortalité des petits mystères reste conditionnée et liée à la manifestation, même élargie à la vie cosmique, tandis que les grands mystères poursuivent l’immortalité « supra cosmique» ou indifférenciée, la transcendance absolue.

à suivre …

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La Société Angélique : origine hyperboréenne de l’Alchimie (5/5)

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Lorenzo Ghiberti, de son véritable nom Lorenzo di Cione, (né en 1378 à Florence – mort en 1455 dans la même ville) est un sculpteur italien du Quattrocento, dont l’œuvre s’inscrit dans le vaste mouvement de renouvellement de l’art occidental qui donnera naissance à la Renaissance.

Présentation de la coupe d’or

Cette enquête s’achève sur les rives de l’Atlantique avec ce fameux AA I AA qui fit couler tant d’encre, celle là même dans laquelle nos scribouilleurs de l’AGLA trempèrent leur plume vitriolique !

Est-il besoin de rappeler que la  Tradition ésotérique occidentale plonge ses plus lointaines racines dans la nuit des temps, au cœur des premières tribus sédentaires et agricoles (fin du paléolithique) début du néolithique, vers -9 000 ans) du septentrion qui furent à l’origine des peuples celtes, nordiques, slaves et indo-européens ?

On pourra d’ailleurs se reporter au livre de Mircea Eliade « Forgerons et Alchimistes », pour s’en convaincre.

C’est en effet sur leurs expériences formelles et savoirs primitifs, cognitifs, émotionnels et spirituels ou mythiques (la mythologie cosmogonique et eschatologique restituée des dieux Vane et Ases, apparue probable-ment vers le 4ème millénaire avant J.C., rend compte cependant de l’extraordinaire perception des arcanes de la Nature et de l’intuition juste des  usages sacramentels, dévotionnels et sacrificiels » qui furent jadis les leurs et avec lesquelles forgèrent-ils, millénaire après millénaire, cette Connaissance hermétique du monde ou notre Tradition secrète, essentiellement orale), que tous les peuples qui s’établirent à partir du 3e millénaire, depuis l’Arctique en passant par l’Europe jusqu’aux confins de la chaîne de l’Oural (et quelque peu par-delà : on trouve trace à travers le véhicule des langues indo-européennes, ainsi qu’il en est, par exemple, du sanscrit et qui en atteste la réelle portée), trouvèrent leurs fondations, purent s’édifier au cours du temps, s’équilibrer et se stabiliser en ces diverses nations, sœurs à la nôtre d’origine gauloise, autonomes et parfaitement distinctes entre elles : irlandaise, écossaise, britannique, italienne, portugaise, espagnole, allemande, polonaise, islandaise, danoise, suédoise, ukrainienne, etc…

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Toutes ces origines attenantes à notre Continent européen, sont donc pleinement redevables d’un seul et même archétype civilisateur, hyperboréen à l’origine ou venu du froid (guerrier par nature et migrateur des la fonte des glaces, au début de l’holocène). Il fut le précurseur de ladite mentalité occidentale. Laquelle ceci dit, demeure toujours l’orchestratrice des registres physiques, mentaux, émotionnels, psychiques, spirituels, religieux, mystiques et ésotériques qui sont fondamentalement les siens. Ces registres dévoilent bien entendu le caractère désormais forgé et la souveraineté affirmée et inaliénable de chacune d’elles tout en montrant et désignant indubitablement une source ou origine commune, à savoir la Civilisation nordique ou hyperboréenne.

à suivre …

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Vincent de Paul légataire de la Tradition secrète, portrait

La Société Angélique : Vincent Depaul et Fulcanelli (4/5)

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de l’Oratoire au laboratoire et vice-versa, Saint Vincent Depaul devant son four avec les chaines brisées (rare photo, archives). Nous comprenons que ce que nous avions pris au tout début pour un fond de nuage sur lequel se détachait le prêtre n’est autre que l’ample et lourde fumée qui s’échappe par le haut du fourneau. Pourquoi donc représenter, contre toute habitude, ce Saint devant un four puissant ? Il convient donc d’en revenir à son témoignage  » Mon occupation était de tenir le feu à dix ou douze fourneaux ….. »

Fulcanelli, l’Adepte des temps modernes consacre à cet épisode de la vie de Saint Vincent Depaul plusieurs pages de son livre : « les demeures philosophales » expliquant que l’opération dont fut témoin le prêtre n’était pas alchimique mais « archimique », son but étant d’augmenter par addition d’une autre substance le volume d’or initiale.

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La Société Angélique : Vincent Depaul et le secret des AA (3/5)

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L’Eglise Saint Sulpice avec sa fameuse fontaine des « Quatre points cardinaux » , un rébus digne de la société angélique puisque ces 4 non cardinaux forment la constellation du Cygne (Signe)

Qui est Saint Vincent de Paul (Depaul) que nous retrouvons à chaque détour des chapitres de l’oeuvre de l’Adepte Fulcanelli et pourquoi s’y réfère t-il aussi souvent ? Pour comprendre un peu mieux ce puzzle nous avons dressé un petit diagramme qui vous aidera à y voir un peu plus clair.

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La Société Angélique : le CRIST de Tulle ou la voie d’Hermes 2/5

cristTradition mystique et peuple des scribouilleurs mis en évidence à Tulle à partir d’une calligraphie du XVIIème siècle

Une fois n’est pas coutume et pour introduire à ce sujet qui nous nous ramènera par d’autres voies à la Société Angélique, donnons la parole au conservateur du Musée du Cloitre en charge du précieux document confié au musée par André Mazyrie en 1926. Notons toutefois que l’on peut être conservateur et dénué de toute culture traditionnelle ce qui est hélas souvent le cas en France, je n’en ai été que trop souvent témoin. En ce cas l’analyse se contente de données factuelles et méconnait le sens profond du document. Au final à chacun son travail !

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Napoléon et l’ordre impérial des trois Toisons d’Or

napoleonNapoléon lors de la remise de la légion d’honneur

Historique de la création éphémère de l’Ordre impérial des Trois Toisons d’Or par Napoléon. On le sait moins mais la principauté de Wagram comprenant Chambord,  Eckmühl et Essling fut créée également à cette occasion.

Au camp de Schônbrunn, le 15 août 1809, Napoléon, au faîte de sa gloire, crée par lettres patentes l’ordre impérial des Trois Toisons d’or. Cet ordre militaire de grand prestige devait, selon le dessein de l’empereur, témoigner de sa domination sur l’Europe. Le décret stipulait que l’ordre comporterait cent grands chevaliers choisis parmi les très hauts dignitaires, quatre cents commandeurs et mille chevaliers. Il ne s’obtenait, à de rares exceptions près, que pour des actions militaires d’éclat et, grande innovation dans le domaine des décorations, devait aussi être attribué aux aigles de certains régiments.

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Napoléon, selon le baron Lejeune, en définit lui-même l’allégorie  :

« Mes aigles ont conquis la Toison d’or des rois d’Espagne et la Toison d’or des empereurs d’Allemagne. Je veux créer pour l’empire Français un ordre impérial des Trois Toisons d’or. Ce sera mon aigle aux ailes déployées, tenant suspendue, dans chacune de ses serres, une des Toisons antiques qu’elle a enlevées et elle montrera fièrement en l’air, dans son bec, la Toison que j’institue. » (in Mémoires du général Lejeune publiés par Germain Bapst, 1895, IX, p. 3.) Dominique Vivant Denon en conçut l’insigne et, dès le 25 août 1809, fit parvenir de Vienne au duc de Bassano des dessins : « Je crois que le n » 4 est celui qui doit remplir le mieux la pensée de S. M.

Il ne faut point espérer que les deux cours renoncent sans un article de Traité à faire des Chevaliers. Il n’y a donc qu’un moyen de subordonner les autres. C’est de faire une décoration où sera exprimée la conquête qui en a été faite . » (lettre, in archives privées.)
Dès le 24 septembre 1809, l’empereur charge le comte de Lacépède, en attendant la nomination du grand chancelier du nouvel ordre, d’en assurer les fonctions et de faire réaliser les décorations (Correspondance de Napoléon, XIX, N° 15855).

Lacépède, tout en informant Napoléon des réticences soulevées par ce projet au sein de la Légion d’honneur, va s’occuper de faire réaliser la décoration ; il soumet à plusieurs reprises des modèles à Napoléon. Toutefois, il semble qu’aucune réalisation définitive n’était encore exécutée quand le comte Andréossy fut nommé grand chancelier de l’ordre des Trois Toisons d’or, le 14 octobre 1810. Il est vrai que le contexte politique a changé et que Napoléon, devenu l’époux de Marie-Louise, hésite à distribuer un ordre conçu pour humilier l’Autriche.

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Un nouvel élan est cependant donné aux travaux pré¬paratoires dans la perspective du 15 août 1811 ; le conseil de l’ordre se réunit plusieurs fois (procès-verbaux, in archives privées) et de nouveaux modèles d’insignes sont examinés. Un projet (non signé) qui présente l’aigle impériale empiétant sur la pierre à feu d’où pendent les trois Toisons est arrêté le 3 août ; ce feuillet, conservé dans les archives du musée de la Légion d’honneur à Paris, présente la couleur du ruban : ponceau liseré d’or ou gros vert liseré d’or. Il ne fut pas non plus suivi d’effet. Le musée de la Légion d’honneur conserve aussi un ensemble de dessins présentés par divers orfèvres parisiens : Nez, Merché-Marchand, Oliveras, Coudray et Martin-Guillaume Biennais. Chacun est accompagné de notes explicatives. Les modèles de Biennais sont commentés par une lettre, en date du 31 août 1811, probablement adressée au comte Andréossy :

« Monseigneur, Je prends la liberté de présenter à votre Excellence quatre intentions de la Décoration de l’Ordre des Trois Toisons d’or.  Le 1 a les trois toisons qui se regardent et il y a trois places pour les inscriptions que vous désirez y mettre. Le d 2 est de même forme excepté que deux des trois regardent en dehors. Le no 3 a les trois toisons les têtes à droite et une légende au-dessus pour recevoir l’inscription qui doit être en or sur émail rouge. Le no 4 est idem mais les trois toisons sont de face. J’ai fait apparaître des éclats de foudre comme votre Excellence a paru le désirer et j’ai mis à chaque croix un anneau qui est un serpent se mordant la queue. Je joins aussi, Montseigneur (sic), deux pensées de plaque dudit ordre qui peut-être vous sera agréable. Si votre Excellence désire avoir plusieurs intentions d’un collier pour cet ordre, je m’en occuperai de suite et j’au¬rai l’honneur de le présenter à Monseigneur. Je demande pardon à votre Excellence de l’importuner encore une fois pour ces objets mais je compte toujours sur l’honneur de sa protection. J’ai l’honneur d’être avec respect, de Monseigneur, le très humble serviteur. » Après tant de tergiversations, l’insigne définitif ne verra pourtant jamais le jour : par décret du 27 septembre 1813, l’ordre des Trois Toisons d’or est en effet réuni à la Légion d’honneur sans avoir connu de réelle existence. Seuls les dessins des orfèvres parisiens témoignent encore de l’orgueilleux projet de Napoléon I« .

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La Toison d’Or : naissance du premier ordre de chevalerie française

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La création de l’ordre de la Toison d’or par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, à l’occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal, le 10 janvier 1430, n’était pas en soi une initiative exceptionnelle. Elle se situait à une époque où la noblesse médiévale militaire avait depuis longtemps été remplacée en tant que force vive par les villes, la bourgeoisie et les commerçants ; les occasions festives, où se déployait chez les nobles comme chez les bourgeois une héraldique de parade, les ordres, les fraternités et les « cours » avaient succédé aux manifestations guerrières d’antan.

Néanmoins, la défense de la chrétienté et les expéditions qui la ponctuaient n’étaient pas lettre morte. Dans ce cas , le jeune duc était né alors que son père Jean sans Peur, vaincu à Nicopolis en 1396, était encore prisonnier des Turcs. L’idée d’une nouvelle croisade, malgré les conditions qu’elle impliquait, restait présente, traduite dans les actes comme dans les textes.
La bibliothèque du duc comptait plusieurs ouvrages qui s’y référaient : l’Advis directif pour faire le passage d’Outremer, que Guillaume Adam avait adressé au roi de France Philippe VI de Valois en 1332, avait été traduit en français pour le duc par Jean Miélot vers 1455 (Bruxelles, Ms 9095) ; l’Epistre lamentable et consolatoire sur le fait de la deconfisture […] du roi de Honguerie par les Turcs devant la ville de Nichopoli en lem pire de Boulegarie, adressé vers 1397 par Philippe de Mézières au duc Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, comptait aussi au nombre des manuscrits de son petit-fils (Bruxelles, Ms 10486).
Parmi les oeuvres de Jean Germain, premier chancelier de l’ordre de la Toison d’or, la Mappemonde universelle, écrite en 1449 (Bruxelles, Ms 11038), le Dyalogus Christiani contra Saracenum (Bruxelles, Ms 5172-74, copie du XVI siècle) et La Voye de Paradis (Bruxelles, Ms IV 823 [3 mars 14741), traduisaient les idées de l’auteur, champion d’une nouvelle croisade et défenseur du héros biblique Gédéon comme patron chrétien de l’ordre.
Pie II, pape de 1458 à 1464 (Enea Silvio Piccolomini) qui composa vers 1460-1461 sa lettre Ad Mahometum Turcorum regem [Bruxelles, Ms 708-7191), y réfutait le Coran, exposait la foi chrétienne et proposait à Mehmet la couronne de l’empire d’Orient en échange de sa conversion. Cette missive procédait du même esprit que la diète de Mantoue (1459), dont Pie II avait été l’initiateur, où fut prônée la croisade. On ne peut enfin passer sous silence le récit que fit Olivier de La Marche des Vceux du Faisan, qui eurent lieu au cours du banquet organisé par le duc le 17 février 1454 à Lille. Le roi d’armes, dit « Toison d’or », y apporta un faisan vivant colleté de pierres précieuses, sur lequel les assistants prononcèrent chacun le voeu de se croiser. Ce fut aussi à Jean Le Fèvre, roi d’armes de la Toison d’or, que l’on doit l’Epistre faitte en la contemplacion du saint voyage de Turquie omposée en 1464.

De son côté Guillaume Fillastre (1392-1473), évêque de Tournai et abbé de Saint-Bertin, chancelier de l’ordre de 1461 à 1473, adressa à Charles le Hardi, vers 1475, Le Traittié de Conseil, c’est-à-dire de bon gouvernement (Bruxelles, Ms II 1172).
Fillastre est évidemment plus connu encore pour les fameux livres sur la Toison d’or (Bruxelles, Ms 9027-9028), composés à la demande du Téméraire, qui avait été impressionné par un sermon prononcé par le chancelier en l’église Notre-Dame de Bruges lors du chapitre de l’ordre en 1468. Initialement, le projet était vaste : remémorer l’histoire de six Toisons, celles de Jason, Jacob, Gédéon, Mesa, Job et David, qu’il mettait en rapport avec six vertus : Magnanimité, Justice, Prudence, Fidélité, Patience et Clémence. A sa mort, en 1473, seuls trois volumes étaient complétés et le travail ne fut pas poursuivi.

Accepter comme patron d’un ordre très chrétien un héros païen avait dérangé plus d’un écrivain

(à suivre ..)

saint-valentinà voir ici :

réveillez le chevalier ou la dame de coeur qui sommeille en vous !

avant lui : Christine de Pisan, célèbre auteur de l’Epistre d’Othea, considérait Jason comme la personnification de l’Ingratitude ; en revanche, la ver¬sion française de l’Ovide moralisé, compilation anonyme qui connut un grand succès, notamment à la cour de Bourgogne, s’efforçait de faire de chaque personnage évoqué par Ovide une préfigu¬ration de l’Histoire sainte : la chute d’Hellé dans les flots de la mer qui porte depuis son nom était mise en rapport avec celle des anges rebelles, et Dieu avait envoyé la Vierge pour sauver le monde, tout comme le mouton doré avait été dépêché pour sauver les enfants. Jason était présenté comme bravant la mort pour Médée, à l’instar du Christ crucifié par amour des hommes ; le héros bravait le dragon, comme le Christ franchissait les limbes ; il emmenait les âmes au ciel, comme Jason emportait la Toison d’or et la princesse loin de la Colchide (Lemaire, p. 84-90).

La défense de la foi chrétienne et le « service noble » n’étaient pas seuls à animer l’initiative ducale. L’histoire de Jason, par son côté chevaleresque et romanesque, plaisait au public aristocratique de ce Moyen Âge déclinant. De plus, comme elle était étroitement liée à l’histoire de Troie, elle touchait personnellement la famille ducale qui, directement apparentée aux rois de France pouvait, comme eux, prétendre descendre du héros Francion, parent d’Enée et fondateur lointain de leur dynastie. Cette double raison explique la présence par l’histoire de Jason commandée par Philippe le Bon à son chapelain Raoul Le Fèvre et ses dix-sept manuscrits traitant de la guerre de Troie mentionnés dans la bibliothèque ducale et dont les plus étendus commencent par la relation de l’expédition des Argonautes.
Alors que l’ordre de la Toison d’or comptait parmi les plus prestigieux et que seul -avec ceux de la Jarretière et de l’Annonciade -, il a survécu jusqu’à nos jours, il fut avant tout un ciment personnel de chaque chevalier avec son souverain, une allégeance que des cérémonies fastueuses transformaient en « soumission particulièrement honorable » (Richard).

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